Édition originale et premier tirage de la traduction en prose de la Pharsalia par Jean-François Marmontel, académicien et théoricien littéraire de premier rang, publiée à Paris chez Merlin en 1766 avec approbation et privilège du roi. L’ouvrage est orné d’un frontispice et de dix figures hors-texte dessinées par Gravelot et gravées en taille-douce par Duclos, Le Mire, Née, Rousseau et Simonet — programme illustratif d’une cohérence et d’une qualité remarquables, qui confère à l’édition une double valeur littéraire et graphique. Dans la trajectoire de Marmontel, cette traduction s’inscrit entre les Contes moraux (1761) et les Éléments de littérature (1787) : elle témoigne de son engagement constant à rendre accessibles les grands textes antiques selon les exigences du goût classique français, et de sa méthode éditoriale caractéristique — il compléta le dixième livre inachevé de Lucain à partir de César, Plutarque et Appien. Dans l’arc historique, la Pharsalia occupe une place singulière entre l’épopée virgilienne qu’elle conteste et la tradition républicaine qu’elle nourrit : après les grandes éditions humanistes commentées du XVIe siècle qui avaient fixé le texte latin, la traduction de Marmontel alimenta directement la ferveur républicaine de la Révolution française, Lucain devenant alors une référence politique explicite pour les orateurs de la Convention.
| Auteur | Marcus Annaeus Lucanus - Jean-François Marmontel, de l'Académie Françoise |
|---|---|
| Illustrateur | Hubert-François Gravelot (dessins) ; Duclos, Le Mire, Née, Rousseau, Simonet (gravures en taille-douce) |
| Date & Lieu | Paris — 1766 |
| Imprimeur | Chez Merlin, libraire, rue de la Harpe, vis-à-vis la rue Poupée, à l'Image S. Joseph |
| Format | 2 volumes in-8 — T. I : [ii], LXXIX, 304 p., [1 p. errata] — T. II : [ii], 415 p., [5 p. errata, approbation, privilège] — Frontispice + 10 figures hors-texte de Gravelot (premier tirage) |
| Tirage | Édition originale, premier tirage |
| Reliure | Veau marbré brun-fauve d'époque, filets dorés sur les plats, dos à nerfs, tranches marbrées |
| Poids | 0.970 kg |
| État | Bon état général. Intérieur frais. Reliure d'époque cohérente avec usures légères. Coiffes légèrement frottées dont une en partie absente, petit manque aux coins , petite fissure aux mors . Exemplaire complet |
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La Pharsalia — ou De bello civili — de Marcus Annaeus Lucanus (Cordoue, 39 – Rome, 65 ap. J.-C.) retrace en dix livres d'hexamètres dactyliques la guerre civile entre César et Pompée, depuis la traversée du Rubicon jusqu'à la campagne d'Égypte.
Œuvre délibérément anti virgilienne par son refus des dieux et son pessimisme stoïcien, elle doit une part de sa fortune ésotérique à la scène de nécromancie du chant VI — la sorcière Érichto ressuscitant un cadavre , l'un des textes de magie noire les plus influents de l'Antiquité tardive et du Moyen Âge, abondamment cité dans la littérature hermétique médiévale et renaissante.
La traduction de Marmontel, dont l'approbation est datée du 7 décembre 1765, est la première traduction française en prose à s'imposer durablement.
Les illustrations de Gravelot — dessinateur maître du rococo narratif, figure centrale de l'illustration de livres de luxe parisiens des années 1750–1770 — constituent un programme iconographique cohérent et documenté pour les dix chants : Le Rubicon, Marcia et Caton, Songe de Pompée, Désastre de Pharsale, Adieux de Cornélie, Tête de Pompée présentée à César… L'édition est recensée aux références Cohen 662, Tchemerzine VII p. 454 et Cioranescu 43005, qui confirment son statut d'édition de référence pour cette traduction.
Marcus Annaeus Lucanus (Cordoue, 39 ap. J.-C. – Rome, 65 ap. J.-C.), poète latin de l'époque néronienne, neveu du philosophe Sénèque.
D'abord en faveur auprès de Néron, il fut contraint de se suicider à vingt-cinq ans après sa participation à la conjuration des Pisons.
La Pharsalia, son unique œuvre parvenue, fut composée entre 61 et 65 ap. J.-C. et laissée inachevée à sa mort au dixième livre.
Elle exerça une influence considérable sur la littérature médiévale et renaissante, et nourrit un lectorat ésotérique et républicain attentif à ses passages de divination, de nécromancie et d'indignation politique.
Jean-François Marmontel (Bort-les-Orgues, 1723 – Abloville, 1799), membre de l'Académie française (1763), fut l'un des principaux collaborateurs de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, pour laquelle il rédigea les articles de critique littéraire.
Auteur des Contes moraux (1761) et des Éléments de littérature (1787), traité de poétique qui fit longtemps autorité, il représente la figure du lettré encyclopédiste engagé dans la transmission des grandes œuvres antiques selon les critères du goût classique. Sa traduction de la Pharsale, saluée pour sa clarté et sa vigueur, reste son principal effort de traduction.