Édition originale de ce curieux traité où Jean Deslyons, docteur de Sorbonne et théologal de Senlis, part en croisade contre les réjouissances de la veille des Rois — jeûne oublié, royauté de la fève, cris du « Roi boit » — qu’il rattache aux Saturnales romaines. Dans la trajectoire de l’auteur, l’ouvrage prolonge et amplifie ses Discours ecclésiastiques contre le paganisme des Roys de la fève et du Roy-boit (1664), qui avaient déclenché à Senlis une polémique retentissante et suscité en retour l’Apologie du banquet sanctifié de l’avocat Barthélémy (1665). Dans l’arc historique de la lutte contre les survivances païennes, ce texte s’inscrit dans le vaste effort de la Réforme catholique et annonce, une génération plus tard, le Traité des superstitions de Jean-Baptiste Thiers (1679) ; devenu par un curieux retournement l’une des sources les plus précieuses sur les coutumes de l’Épiphanie, il est aujourd’hui recherché tant par les bibliothèques gastronomiques que par les curieux de folklore religieux. Exemplaire en reliure d’époque portant l’ex-libris gravé de la bibliothèque Brölemann, l’une des plus notables collections lyonnaises du XIXe siècle.
« Jean Deslyons fait partie des théologiens bizarres. »
Oberlé (Gérard), Les Fastes de Bacchus et de Comus, Paris, Belfond, 1989, n° 496.
| Auteur | Jean Deslyons |
|---|---|
| Illustrateur | (Non précisé — bandeaux gravés et culs-de-lampe |
| Date & Lieu | Paris — 1670 |
| Imprimeur | Veuve de Charles Savreux, Libraire Juré, au pied de la Tour de Notre-Dame, à l'Enseigne des trois Vertus |
| Format | In-12, [28] ff. n. ch. et 346 pp. |
| Reliure | Plein cuir de l'époque, dos à cinq nerfs, toutes tranches mouchetées de rouge |
| État | intérieur frais ; reliure d'époque cohérente |
| Provenance | Ex-libris gravé armorié « Ex libris A. Brölemann » (écu au bandeau accompagné de deux fleurs, heaume sommé d'un vol) contrecollé sur une garde. La bibliothèque Brölemann, constituée à Lyon sur plusieurs générations par cette famille de négociants bibliophiles, compte parmi les collections lyonnaises les plus renommées du XIXe siècle ; elle fit notamment don à la Bibliothèque de Lyon de plusieurs manuscrits enluminés remarquables, dont des livres d'heures. L'identité précise du possesseur — A. pour Auguste ou Arthur Brölemann |
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Publiés en 1670 chez la veuve de Charles Savreux — libraire établi au pied de la tour de Notre-Dame et proche des milieux de Port-Royal —, les Traitez singuliers et nouveaux contre le paganisme du Roy-Boit constituent le second et dernier assaut de Jean Deslyons contre les festivités de l'Épiphanie.
Six ans plus tôt, ses Discours ecclésiastiques contre le paganisme des Roys de la fève et du Roy boit (1664) avaient soulevé une querelle locale à Senlis, l'avocat Barthélémy répliquant par une Apologie du banquet sanctifié de la veille des Rois.
Loin de désarmer, le théologal revient à la charge avec trois traités adressés « à Messieurs les Théologaux de toutes les Églises de France » : le premier restitue le jeûne ancien de la veille des Rois ; le deuxième dénonce dans la royauté de la fève une résurgence des Saturnales romaines « remise et contrefaite par les Chrestiens charnels » ; le troisième se livre à des spéculations étymologiques sur la fève, rapprochée de Phœbus.
Classé par Gérard Oberlé parmi les « théologiens bizarres », Deslyons témoigne néanmoins avec sérieux de l'offensive de la Réforme catholique contre les survivances païennes du calendrier populaire. Par un paradoxe bibliophilique bien connu, son réquisitoire est devenu l'une des sources les plus précieuses sur les coutumes du Roi boit, ancêtre direct de notre galette des Rois.
On notera que le matériau mythique qu'il s'emploie à extirper — Saturnales, royauté éphémère, symbolisme de la fève — est celui-là même que la tradition mytho-hermétique du XVIIIᵉ siècle, de Dom Pernety notamment, relira en sens inverse comme allégorie voilée ; c'est ce voisinage de sujet qui vaut aux traités sur les superstitions et fêtes païennes leur place ancienne dans les bibliothèques d'ésotérisme, aux côtés des textes alchimiques.
Cité par Brunet, Vicaire, Dinaux et Oberlé, l'ouvrage figure aujourd'hui dans les grandes bibliothèques gastronomiques et œnologiques, telle la collection Max Cointreau.
Jean Deslyons (vers 1615 – 1700), prêtre, docteur de la maison et société de Sorbonne, fut doyen et théologal de l'église cathédrale de Senlis.
Théologien austère, il chercha à tenir un « tiers parti » entre jansénistes et jésuites molinistes, sans jamais s'inféoder véritablement à l'un ou l'autre camp — attitude qui lui valut d'être taxé de mollesse par ses contemporains.
Il se signala à Senlis par des sermons rigoristes mettant en garde ses ouailles contre certaines dévotions jugées superstitieuses.
Son nom demeure attaché à sa double campagne contre la fête des Rois (1664 et 1670), qui fit de lui la cible des railleries de son temps mais aussi, à son corps défendant, un témoin précieux des coutumes populaires du XVIIe siècle.