Recueil de proses et de vers dans lequel Georges Rouault, peintre du Miserere et des clowns tragiques, livre sa pensée sur l’art, le métier, la solitude de l’artiste et la foi, précédé d’un avant-propos de Claude Roulet et accompagné de huit reproductions en couleurs de ses toiles. Dans la trajectoire de l’auteur, Soliloques prolonge les Souvenirs intimes (1926), consacrés à Gustave Moreau, Léon Bloy ou Huysmans, et le prosimètre du Cirque de l’Étoile filante (1938) ; il demeure, avec les Souvenirs intimes, l’ouvrage écrit le plus célèbre du peintre, qui disait qu’avec ce livre on le connaissait sans l’avoir vu. Dans l’arc plus large des écrits d’artistes, il s’inscrit dans la lignée du Journal d’Eugène Delacroix et a nourri les recueils posthumes de ses textes, de Sur l’art et sur la vie (Denoël, 1971) à Soliloques d’un peintre.
Écrits 1896-1958 (L’Atelier contemporain, 2023).
Édition originale, soignée typographiquement, parue à Neuchâtel en pleine guerre. Exemplaire en reliure d’art de Suzanne Buissonnet, couverture illustrée conservée.
« Je crois qu'avec ce livre on me connaît sans m'avoir vu. »
Georges Rouault, lettre autographe évoquant Soliloques et les éditions Ides et Calendes (non datée, postérieure à 1944), citée par la maison Traces Écrites, Paris.
| Auteur | Georges Rouault ; avant-propos de Claude Roulet |
|---|---|
| Illustrateur | Georges Rouault (huit planches en couleurs reproduisant ses peintures) |
| Date & Lieu | Neuchâtel — 1944 |
| Imprimeur | Ides et Calendes, Neuchâtel. Imprimé sur les presses d'Orell Füssli Arts Graphiques, Zurich. |
| Format | Grand in-8 (27 × 19,5 cm), 205 pp. + table des planches (certaines descriptions de libraires comptent 207 pp.). Illustré de huit planches hors texte en offset photochrome douze couleurs, contrecollées. Texte entièrement composé à la main en caractère Didot original. |
| Tirage | Édition originale. Un des 800 exemplaires numérotés sur vergé crème, celui-ci n° 525 (quelques catalogues mentionnent un tirage total de 850 exemplaires). |
| Reliure | Reliure d'art signée Suzanne Buissonnet : demi-maroquin gris foncé à bandes, dos à cinq nerfs, pièce de titre en maroquin rouge, titre doré ; plats de papier marbré à motif peigné ondulé (tons gris, ocre et carmin). Couverture illustrée d'origine conservée, imprimée en rouge et noir, ornée d'une reproduction en camaïeu d'une scène de rue de Rouault et de la marque de l'éditeur aux deux croissants de lune. |
| Poids | 0.980 kg |
| État | Très bon état général. Reliure fraîche, cuir bien conservé ; légères traces de frottement sur le papier marbré du premier plat. Couverture illustrée conservée, propre. Page de titre nette, marque de l'éditeur aux croissants de lune, adresse « Neuchâtel 1944 ». Papier vergé crème frais. |
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Publié en 1944 par la jeune maison neuchâteloise Ides et Calendes, Soliloques rassemble des textes que Georges Rouault avait écrits au fil des années : méditations sur la peinture et le « métier », réflexions sur la solitude de l'artiste, souvenirs, invectives contre la vanité du monde de l'art et élans d'une foi catholique inquiète, nourrie de sa fréquentation de Léon Bloy et d'André Suarès.
Le peintre, qui se défendait d'être écrivain, affirmait s'être « confessé picturalement » bien mieux que par l'écriture, tout en reconnaissant que ce livre de plus de deux cents pages, vers et proses mêlés, donnait de lui un portrait fidèle.
L'avant-propos de Claude Roulet, familier du peintre, occupe une trentaine de pages. Paru en Suisse neutre alors que la France était encore occupée, l'ouvrage témoigne du rôle joué par l'édition helvétique dans la diffusion de la création française pendant la guerre. Sa réalisation matérielle relève de la tradition du beau livre : composition manuelle en Didot original, papier vergé crème, huit planches en couleurs tirées en offset photochrome douze couleurs sur les presses zurichoises d'Orell Füssli, alors réputées pour la qualité de leurs reproductions d'art.
L'ouvrage paraît entre Divertissement (Tériade, 1943) et Stella Vespertina (1947), au moment où Rouault, dégagé de la succession Vollard, reprend la maîtrise de son œuvre.
Georges Rouault (Paris, 1871 – Paris, 1958), d'abord apprenti chez un peintre-verrier, entre à l'École des beaux-arts dans l'atelier de Gustave Moreau, dont il devient l'élève favori puis, en 1898, le premier conservateur du musée.
Exposant au Salon d'automne de 1905 aux côtés des fauves, il s'en distingue par une peinture grave, aux cernes noirs hérités du vitrail, consacrée aux juges, aux prostituées, aux clowns et au Christ. Ambroise Vollard devient son marchand à partir de 1917 ; de cette collaboration naît le cycle gravé du Miserere, publié en 1948.
Peintre, graveur, céramiste et cartonnier de vitraux, il fut aussi l'auteur de textes Souvenirs intimes, Cirque de l'Étoile filante, Soliloques qui font de lui l'un des grands écrivains-peintres du XXe siècle.
Il reçut des obsèques nationales en 1958.