L’une des plus célèbres réalisations de l’édition romantique française. Cette magnifique édition illustrée de Léon Curmer réunit l’idylle mélancolique de Bernardin de Saint-Pierre à l’apogée du talent des plus grands dessinateurs et graveurs du XIXe siècle. Quelque 450 vignettes et 29 planches hors-texte, dues à Tony Johannot, Meissonnier, Paul Huet et leurs contemporains, font de ce volume un monument typographique sans équivalent.
Cette édition illustrée de 1838 est le premier tirage magistral de Curmer, paru en 30 livraisons entre mars 1836 et décembre 1837, puis relié.
L’une des plus célèbres réalisations de l’histoire du livre français au XIXe siècle. Carteret, Caillet, Brunet et les grandes bibliographies romantiques considèrent unanimement cette édition comme l’édition de référence de Paul et Virginie — bien que l’édition originale de 1788 garde sa valeur de rareté primitive.
« Il n'existe point ici de différence de condition. Vous n'y voyez point de palais, mais vous y voyez des hommes heureux. »
Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie (préface)
| Auteur | Jacques Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737–1814) |
|---|---|
| Illustrateur | Tony Johannot (1803–1852) |
| Date & Lieu | Paris — 1838 |
| Imprimeur | L. Curmer, 49 rue Richelieu |
| Format | Grand in-8, (26 × 17 cm) |
| Reliure | Demi maroquin bordeaux (dit « violet nuit ») a coins d'époque. Dos lisse orné de filets et motifs dorés. Gardes de papier moiré. Tranches dorées. |
| État | Très bel état. Quelques rousseurs mineures, légèrement visibles en début/fin de volume, une serpente avec manque, petite déchirure sur le dernier feuillet. Exemplaire complet de toutes les illustrations. Reliure robuste sans frottements majeurs. |
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Paul et Virginie demeure l'une des deux ou trois œuvres capitales de la littérature française du siècle des Lumières tardif.
Publié d'abord anonymement en 1788 comme supplément aux Études de la nature, le roman pastoral de Bernardin de Saint-Pierre s'impose aussitôt comme un mythe : le conte de deux enfants élevés sans artifice, en harmonie avec la nature et l'amour, sur l'Île de France (ancien nom de l'Île Maurice), cristallise à la fois le rêve utopiste des Lumières et la sensibilité émotionnelle du romantisme naissant.
L'édition Curmer de 1838 représente l'apogée de la production de luxe en France sous la Monarchie de Juillet. L'éditeur Léon Curmer a déployé des moyens exceptionnels — il aurait investi environ 230 000 francs, somme colossale — pour ériger ce que la critique de l'époque appelait un « monument typographique à la mémoire de Bernardin de Saint-Pierre ». Curmer lui-même déclara que Paul et Virginie était probablement le plus beau livre jamais réalisé par sa maison. Les illustrateurs mobilisés — Tony Johannot en particulier, nommé illustrateur en chef — représentaient la fine fleur du talent graphique de l'époque. Cette édition incarne l'esthétique du romantisme illustré dans toute sa splendeur : l'équilibre entre la poésie du texte et la virtuosité de la gravure sur bois et sur acier.
Jacques Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737–1814) est l'auteur du Paul et Virginie, le roman qui lui assura l'immortalité littéraire. Ingénieur de formation, voyageur infatigable (il séjourna à l'Île de France, à Madagascar, en Amérique du Nord), Saint-Pierre était un penseur des Lumières tardives attiré par les théories de Rousseau et de Diderot.
Ses Études de la nature, dont Paul et Virginie est issu, mêlent observations naturalistes, réflexions philosophiques et idylle sentimentale. Le personnage de Virginie — chaste, obéissante, vouée à la nature et à la providence — cristallise un idéal féminin qui séduisit le XIXe siècle bourgeois. L'ouvrage connut une diffusion sans précédent et fut traduit en toutes les langues d'Europe.
Tony Johannot (1803–1852) est l'illustrateur majeur de ce siècle du Romantisme. Désigné comme illustrateur en chef de Paul et Virginie (à partir de l'édition de 1838), il fournira les portraits des personnages principaux et conçut l'architecture générale de la mise en image. Collaborateur de Johannot, Ernest Messonier excella dans le rendu des paysages et des paysanneries exotiques — ses vignettes des scènes mauriciennes sont particulièrement admirées.
Paul Huet, romantique pur, signa nombre des vues naturelles les plus évocatrices. Eugène Isabey, Marville et Steinheil figurent parmi les plus habiles graveurs sur bois de leur génération. Cette constellation d'artistes transcrivit avec virtuosité l'atmosphère délicate de l'idylle de Saint-Pierre.