Épopée · Paris — 1707

Les Métamorphoses ou L’Ane d’Or d’Apulée, Philosophe Platonicien.

Apulée (Lucius Apuleius Madaurensis, vers 125 – vers 180 apr. J.-C.) / Abbé Compain de Saint-Martin

Date & Lieu
Paris — 1707
Imprimeur
Michel Brunet, Grand Salle du Palais, au Mercure
Format
In-12, 16,5 × 10 cm — 2 volumes : tome I, (10) xiv + 411 pp. ; tome II, (2) + 452 pp. (4)
Reliure
Plein veau blond, dos à cinq nerfs, pièce de titre maroquin rouge, filets et titres dorés
Réf. RB-873.01
Description

Seul roman latin antique parvenu complet jusqu’à nous, les Métamorphoses d’Apulée — communément désignées L’Âne d’Or depuis saint Augustin — demeurent l’un des textes les plus énigmatiques de l’Antiquité : roman picaresque, recueil de contes (dont le mythe de Psyché aux livres IV–VI), et, pour ses lecteurs ésotériques, traité voilé d’initiation aux mystères d’Isis. Cette édition de 1707, première traduction française complète due à l’abbé Compain de Saint-Martin, constitue un événement éditorial majeur : elle joint aux onze livres des Métamorphoses le traité Du Démon de Socrate, accompagnés de remarques érudites sur l’Antiquité qui suivent chaque livre, et d’un frontispice allégorique gravé par Thomassin d’après Desmaretz, ainsi que de douze figures en tête de chaque livre. L’approbation, signée par Fontenelle le 31 octobre 1706, confère à l’ensemble une caution intellectuelle de premier rang.

L’exemplaire porte en outre l’ex-libris « Ex Museo Moutonnat », signalant son passage dans la bibliothèque de Louis Antoine Moutonnat (1754–1834), premier conservateur du musée de Lyon.

Dans l’arc historique de la réception d’Apulée, cette traduction s’inscrit entre les éditions humanistes latines du XVIe siècle — dont l’editio princeps de Rome (1469) et les grandes éditions commentées de la Renaissance — et les rééditions du XVIIIe siècle : la traduction de Compain de Saint-Martin sera réimprimée en 1736, 1769 et 1788, puis revue par Jean-François Bastien (1787) pour une édition bilingue latin français ; c’est également elle que la collection Voyages imaginaires (1788) retiendra comme la meilleure version disponible. Apulée, accusé de son vivant de magie et auteur d’une Apologie pour se défendre, fut ainsi constamment relu à l’aune de l’hermétisme, du néoplatonisme et, au XIXe siècle, de l’occultisme romantique.

Le frontispice gravé au burin par Thomassin d’après la composition de Desmaretz est une allégorie de la magie et de la métamorphose. Au centre d’un cartouche ovale portant le titre trône un masque de satyre barbu et cornu — figure du monde inférieur et de la sorcellerie. À ses pieds, un crâne et des ossements rappellent la mort comme condition de toute transmutation. À gauche, un singe (emblème de la magie simulacre) ; à droite, un renard (ruse et illusion). La tablette géométrique portant des symboles alchimiques et planétaires identifie le contexte hermétique dans lequel ce texte était lu au tournant du XVIIIe siècle. En haut, une chouette — attribut de Minerve — veille au-dessus d’une urne en flammes. L’ensemble constitue un programme iconographique cohérent : L’Âne d’Or y est présenté non comme un simple roman antique, mais comme un traité voilé de magie naturelle et d’initiation.

 

« J'ai cru que le Public en verroit l'impression avec plaisir. »

Fontenelle, Bernard Le Bovier de — Approbation manuscrite datée du 31 octobre 1706, imprimée au tome II de l'édition Brunet, 1707.
Fiche bibliographique
AuteurApulée (Lucius Apuleius Madaurensis, vers 125 – vers 180 apr. J.-C.) / Abbé Compain de Saint-Martin
IllustrateurDesmaretz (compositions) ; Thomassin (gravures au burin) — 1 frontispice allégorique + 12 figures hors texte
Date & LieuParis — 1707
ImprimeurMichel Brunet, Grand Salle du Palais, au Mercure
FormatIn-12, 16,5 × 10 cm — 2 volumes : tome I, (10) xiv + 411 pp. ; tome II, (2) + 452 pp. (4)
ReliurePlein veau blond, dos à cinq nerfs, pièce de titre maroquin rouge, filets et titres dorés
Poids0.590Kg
ÉtatBon état général. Intérieur frais quelques rousseurs éparses Complet des gravures (frontispice allégorique et 12 figures hors texte). Usures légères sur les reliures, petite fente au mors haut du tome 1
ProvenanceEx-libris imprimé « Ex Museo Moutonnat ». Louis-Antoine Moutonnat (1754–1834), premier conservateur du musée de Lyon, puis juge au tribunal civil de la ville, collectionneur de tableaux (Carle Dujardin, Gérard de Lairesse, Quentin Metsys) et bibliophile.
Prix de vente 1950 €

Prix en Euros nets · Frais de port à la charge du client · Paiement par virement ou chèque · Conditions générales de vente

Contexte historique

Les Métamorphoses ou L’Ane d’Or d’Apulée, Philosophe Platonicien. dans son époque

Composées au IIe siècle après J.-C. sous le règne de Marc Aurèle, les Métamorphoses d'Apulée constituent l'unique roman latin parvenu complet. Leur auteur, philosophe platonicien natif de Madaure en Afrique du Nord, fut accusé de magie pour avoir épousé une riche veuve et rédigea en sa défense une Apologia restée célèbre.
Ce double ancrage — philosophie et sorcellerie — détermine toute la réception de l'œuvre : au Moyen Âge, saint Augustin y voit un traité des démons ; à la Renaissance, les néoplatoniciens florentins (Ficin, Pic de la Mirandole) y lisent une allégorie de l'ascension de l'âme ; aux XVIIe et XVIIIe siècles, la tradition hermétique en fait un texte initiatique de premier ordre.
La présente édition, première traduction française complète par l'abbé Compain de Saint-Martin, parut chez Michel Brunet en 1707 avec l'approbation de Fontenelle (31 octobre 1706) : elle établit pour plus d'un siècle le texte de référence en langue française, régulièrement réimprimée jusqu'en 1788 et retenue par la collection des Voyages imaginaires comme la meilleure version connue.
Le frontispice composé par Desmaretz et gravé par Thomassin en est le document iconographique le plus accompli : programme allégorique explicitement hermétique mêlant masque de satyre, crâne, tablette aux symboles planétaires et chouette de Minerve. La présence conjointe du Démon de Socrate — traité de démonologie platonicienne — renforce la dimension ésotérique de l'ensemble. L'exemplaire porte l'ex-libris imprimé « Ex Museo Moutonnat », rattachant sa provenance à Louis Antoine Moutonnat, premier conservateur du musée des Beaux-Arts de Lyon à l'aube du XIXe siècle, dont la bibliothèque, quoique modeste en nombre, comptait des ouvrages de qualité aux côtés d'une collection de tableaux de maîtres flamands et hollandais.

À propos de l'auteur

Apulée (Lucius Apuleius Madaurensis, vers 125 – vers 180 apr. J.-C.) / Abbé Compain de Saint-Martin

Lucius Apuleius Madaurensis naquit vers 125 apr. J.-C. à Madaure, en Numidie (actuelle Algérie), dans une famille de notables.
Après des études à Carthage puis à Athènes, où il s'attacha à la doctrine de Platon, il séjourna à Rome avant de parcourir l'Orient grec. De retour en Afrique, il épousa à Oëa (Tripoli) la riche veuve Pudentilla : les parents de celle-ci l'accusèrent devant le proconsul Claudius Maximus de s'être servi de la magie pour obtenir ce mariage.
Son Apologia (ou De Magia), plaidoyer brillant prononcé vers 158–159, demeure l'un des chefs-d'œuvre de la prose latine tardive et la source principale de sa biographie.
Philosophe prolixe, il laissa en outre le De Platone et eius dogmate, le De Mundo et le De Deo Socratis (traduit ici sous le titre Le Démon de Socrate), traité de démonologie néoplatonicienne
Les Métamorphoses constituent son œuvre la plus connue.
Il mourut vers 180 apr. J.-C., probablement à Carthage où il avait obtenu une chaire de rhétorique.

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