Livres Anciens · Paris — 1694

Méthode pour guérir toute sorte de fièvres, sans rien faire prendre par la bouche.

Helvétius (Jean-Adrien / Jean Adrien Engelhardt Helvétius)

Date & Lieu
Paris — 1694
Imprimeur
Chez la Veuve de Nicolas Oudot, rue de la vieille Bouclerie, à la Vierge Couronnée
Format
In-12. [16] ff. liminaires (épître, avis) et 86 pp. chiffrées : texte (p. 1-78) ; extrait d'une lettre de Monsieur Fouet, conseiller médecin du roi et intendant des eaux de Vichy, à Monsieur de Rouvière, apothicaire du roi, datée de Vichy le 30 novembre 1693 (p. 79-81) ; Privilège du Roy, adressé à « nôtre bien-amé Adrien Helvetius, Docteur en Médecine » (p. 82-86).
Reliure
Plein cuir d'époque, dos à nerfs, titre et caissons dorés
Réf. RB 616.9
Description

Édition originale de ce curieux traité dans lequel le médecin Jean-Adrien Helvétius propose de guérir les fièvres par l’administration du quinquina en lavement plutôt que par la bouche, afin d’éviter les nausées provoquées par l’écorce amère — un « secret » que la page de titre prétend avoir été donné au Roy, mais que l’auteur, selon ses contemporains, garda longtemps pour son seul profit. Dans la trajectoire de son auteur, cet ouvrage de 1694 prolonge la stratégie qui avait déjà fait sa fortune et sa renommée à la cour : quelques années plus tôt, Helvétius avait guéri le Grand Dauphin d’une dysenterie grâce à l’ipécacuanha, secret que Louis XIV lui racheta mille louis d’or pour le rendre public. Dans l’arc plus large de la thérapeutique fébrifuge, le traité s’inscrit dans le sillage de Robert Talbor, dont le remède anglais à base de quinquina avait été acheté et publié sur ordre royal en 1682, et annonce le long débat sur l’usage de cette écorce qui traversera le XVIIIe siècle jusqu’à l’isolement de la quinine par Pelletier et Caventou en 1820. Fils du célèbre alchimiste hollandais Johann Friedrich Schweitzer, dit Helvétius, auteur du Vitulus Aureus, et grand-père du philosophe Claude-Adrien Helvétius, l’auteur incarne à sa manière la transition entre les secrets de cabinet et la médecine de cour du Grand Siècle.

 

 

Fiche bibliographique
AuteurHelvétius (Jean-Adrien / Jean Adrien Engelhardt Helvétius)
Date & LieuParis — 1694
ImprimeurChez la Veuve de Nicolas Oudot, rue de la vieille Bouclerie, à la Vierge Couronnée
FormatIn-12. [16] ff. liminaires (épître, avis) et 86 pp. chiffrées : texte (p. 1-78) ; extrait d'une lettre de Monsieur Fouet, conseiller médecin du roi et intendant des eaux de Vichy, à Monsieur de Rouvière, apothicaire du roi, datée de Vichy le 30 novembre 1693 (p. 79-81) ; Privilège du Roy, adressé à « nôtre bien-amé Adrien Helvetius, Docteur en Médecine » (p. 82-86).
TirageÉdition originale (achevée d'imprimer le 2 janvier 1694)
ReliurePlein cuir d'époque, dos à nerfs, titre et caissons dorés
Poids0.110 klg
ÉtatIntérieur frais, complet des 86 pages chiffrées et des feuillets liminaires. Reliure d'époque en bon état général d'usage, petites fissures aux mors, toutes trranches rouge. Ex-libris manuscrits anciens (voir provenance).
ProvenanceDeux ex-libris manuscrits d'époque, tous deux datés de 1738, mentionnant un chirurgien nommé Florent Laurent Guanon (lecture incertaine), ainsi qu'une note de transmission à un confrère chirurgien de province lieux et patronymes non déchiffrés avec certitude
Prix de vente 380 €

Prix en Euros nets · Frais de port à la charge du client · Paiement par virement ou chèque · Conditions générales de vente

Contexte historique

Méthode pour guérir toute sorte de fièvres, sans rien faire prendre par la bouche. dans son époque

Publié pour la première fois en 1694 chez la veuve de Nicolas Oudot à Paris, ce traité constitue l'édition originale d'un texte que Jean-Adrien Helvétius présente, sur la page de titre, comme un remède « découvert et donné au Roy » : il y expose une méthode pour administrer le quinquina écorce fébrifuge importée du Pérou au milieu du XVIIe siècle, dont l'usage restait controversé et redouté pour son amertume sous forme de lavement, afin d'éviter les vomissements provoqués par sa prise par la bouche.
L'ouvrage s'inscrit dans un contexte où la Cour avait déjà consacré, quelques décennies plus tôt, l'usage du quinquina : en 1679, Louis XIV avait racheté au médecin anglais Robert Talbor le secret d'un remède fébrifuge à base d'écorce du Pérou, rendu public par ordonnance royale en 1682.
Helvétius, qui devait sa propre fortune et sa réputation à la guérison du Grand Dauphin par l'ipécacuanha quelques années auparavant, reproduit ici le même mécanisme de la faveur royale, quand le duc de Saint-Simon, dans ses Mémoires, ne manque pas de railler cet « empirique » enrichi aux dépens de la Faculté.
Le texte se clôt (p. 79-81) sur l'extrait d'une lettre de Monsieur Fouet, conseiller médecin du roi et intendant des eaux de Vichy, datée du 30 novembre 1693, qui atteste le succès du remède notamment sur une femme de soixante-douze ans guérie d'une fièvre double quarte après six semaines de fièvre continue —et conclut : « La postérité aura bien de l'obligation à Monsieur Helvetius. » Cette caution de confrère, placée juste avant le Privilège du Roy (donné le 8 novembre 1693), vient asseoir la légitimité d'un praticien que la Faculté tenait à l'écart faute de diplôme.
Le présent exemplaire porte deux ex-libris manuscrits d'époque datés de 1738, mentionnant des chirurgiens de province, qui attestent la circulation de cet ouvrage bien après la mort de l'auteur en 1727. Cette édition originale est répertoriée dans les principaux répertoires de bibliographie médicale ancienne (Krivatsy, n° 5454 ; Wellcome, III, 242).
Cette nosologie des fièvres tierce, quarte, continue, maligne que reprend Helvétius remonte, par-delà Galien, à Avicenne, dont le Canon de la médecine (XIe siècle) l'avait systématisée et transmise à l'Occident latin dès le XIIe siècle, où elle demeure enseignée jusqu'à la fin du XVIIe siècle.
C'est également à cette tradition arabo-latine que l'on doit le concept de « vertu spécifique », propriété occulte attachée à la substance entière d'un remède et indépendante des quatre qualités élémentaires notion à laquelle les contemporains d'Helvétius recourront pour rendre intelligible, dans un cadre encore humoral, l'action du quinquina, remède qui n'évacue aucune humeur et échappe de ce fait à la thérapeutique galénique classique.
La pharmacopée du traité, où voisinent thériaque, sirop de pavot blanc et écorce du Pérou, illustre bien ce moment de greffe entre l'ancien fonds gréco-arabe et la nouveauté américaine, plutôt qu'une rupture entre les deux. Le débat entre l'autorité des textes et l'expérience du praticien, déjà vif à l'époque d'Helvétius, n'a jamais totalement disparu et continue, sous des formes renouvelées, de traverser la médecine.

À propos de l'auteur

Helvétius (Jean-Adrien / Jean Adrien Engelhardt Helvétius)

Jean Adrien Engelhardt Helvétius naît à La Haye, où il est baptisé le 14 février 1662, et meurt à Paris le 20 février 1727.
Fils du médecin et alchimiste hollandais Johann Friedrich Schweitzer, dit Helvétius (1625-1709), auteur du célèbre récit de transmutation Vitulus Aureus (1667), il gagne Paris vers l'âge de vingt ans et y obtient des lettres de naturalité en 1684.
Il y pratique la médecine sans avoir pris les degrés universitaires ce qui lui vaut l'hostilité constante de la Faculté et se fait connaître en guérissant le Grand Dauphin d'une dysenterie grâce à l'ipécacuanha ; Louis XIV lui achète ce secret mille louis d'or pour le rendre public (1688).
Conseiller du roi, médecin inspecteur général des hôpitaux militaires de Flandre, puis médecin du duc d'Orléans, régent, il est le père de Jean-Claude-Adrien Helvétius (1685-1755), premier médecin de la reine Marie Leszczynska, et le grand-père du philosophe Claude-Adrien Helvétius (1715-1771), auteur de De l'Esprit.

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