Histoire ancienne · Basel — 1557 (mense Septembri, selon le colophon)

Lucubrationes variae.

Guillaume Budé (Guilielmus Budaeus, 1467–1540)

Date & Lieu
Basel — 1557 (mense Septembri, selon le colophon)
Imprimeur
Nicolaum Episcopium Iuniorem (Nicolaus Episcopius le Jeune), Bâle
Format
In-folio, 542 pp.+ index ; papier vergé épais aux larges marges ; lettrines historiées sur bois — série narrative à inscriptions identifiées dans le cadre (scènes philosophiques et historiques antiques en rapport direct avec les textes qu'elles introduisent) et série ornementale militaire ; texte en latin et en grec (traductions de Plutarque, Aristote, Philon et Basile le Grand en grec original avec version latine de Budé), interieur frais, quelques pages avec de clires rousseur
Reliure
Plein vélin rigide d'époque ivoire, dos lisse avec pièce de titre , date manuscrite ; reliure de style janséniste
Réf. RB-480
Description

Lire l’auteur, c’est le rendre éternel. Le paraphraser, c’est l’oublier — lui, et le vécu de son temps.

Publié dix-sept ans après la mort de Guillaume Budé (1467–1540), ce recueil bâlois de 1557 n’est pas une simple compilation de circonstance — c’est un monument éditorial délibéré, conçu par l’humaniste piémontais Celio Secondo Curione comme une canonisation intellectuelle posthume. Le volume rassemble l’essentiel des œuvres mineures et de la correspondance de Budé : traités de philologie et de philosophie morale, six livres d’épîtres latines et grecques adressées aux plus grandes figures de l’humanisme européen — Érasme, Thomas More, Andrea Alciato, Pietro Bembo, Juan Luis Vives, Jacopo Sadoleto, Janus Lascaris —, le testament spirituel de Budé (De transitu Hellenismi ad Christianismum, trois livres), et ses traductions latines de Plutarque, d’Aristote, de Philon d’Alexandrie et de saint Basile le Grand, reproduites avec les textes grecs originaux en regard. Curione ouvre sa préface par une phrase d’anthologie qui résume à elle seule la place de Budé dans l’histoire intellectuelle européenne : « De même que l’Allemagne n’a guère eu beaucoup d’Érasmes, de même la France a donné un Budé, et en donnera à peine un autre dans les cent ans à venir. » Le programme iconographique des lettrines historiées — Alexandre face à Diogène, Coriolan vaincu par Veturia, Héraclite et Démocrite, Vitellius — forme un discours moral cohérent sur la vanité de la gloire temporelle et la supériorité de la sagesse philosophique : autant de portraits indirects de Budé lui-même, savant qui observa la cour de François Ier avec la distance mélancolique du philologue. Dans la trajectoire de Budé, ce volume couronne une œuvre titanesque consacrée à la renaissance des lettres grecques en France, qui va du De Asse et Partibus Eius (1514) aux Commentarii Linguae Graecae (1529), source directe du Thesaurus d’Henri Estienne. Dans l’arc historique de l’humanisme, les Lucubrationes variae incarnent l’aboutissement d’une vie entière consacrée à réconcilier l’héritage antique et la pensée chrétienne — programme que Curione, humaniste protestant exilé à Bâle, reconnaissait comme le sien propre, et qu’il honora par l’une des plus belles éditions collectives de l’imprimerie bâloise du XVIe siècle.

« Ut enim non multos sane habet Erasmos Germania, sic unum dedit Gallia Budaeum, alterum vix intra centum annos datura. »
« De même que l'Allemagne n'a guère eu beaucoup d'Érasmes, de même la France a donné un Budé, et en donnera à peine un autre dans les cent ans à venir. »

Celio Secondo Curione, Praefatio aux Lucubrationes variae de Guillaume Budé, Bâle, Nicolaum Episcopium Iuniorem, 1557.
Fiche bibliographique
AuteurGuillaume Budé (Guilielmus Budaeus, 1467–1540)
IllustrateurLettrines historiées sur bois de plusieurs séries distinctes, atelier de Nicolaum Episcopium Iuniorem (héritier des bois de l'officine frobénienne) — série narrative à inscriptions identifiées (Alexandre/Diogène, Coriolan/Veturia, Héraclite/Démocrite, Vitellius) et série ornementale militaire
Date & LieuBasel — 1557 (mense Septembri, selon le colophon)
ImprimeurNicolaum Episcopium Iuniorem (Nicolaus Episcopius le Jeune), Bâle
FormatIn-folio, 542 pp.+ index ; papier vergé épais aux larges marges ; lettrines historiées sur bois — série narrative à inscriptions identifiées dans le cadre (scènes philosophiques et historiques antiques en rapport direct avec les textes qu'elles introduisent) et série ornementale militaire ; texte en latin et en grec (traductions de Plutarque, Aristote, Philon et Basile le Grand en grec original avec version latine de Budé), interieur frais, quelques pages avec de clires rousseur
ReliurePlein vélin rigide d'époque ivoire, dos lisse avec pièce de titre , date manuscrite ; reliure de style janséniste
Poids1,8Kg
ÉtatBon état général. Papier vergé épais, frais, aux larges marges. Lettrines historiées . Deux annotations manuscrites en cursive humaniste du XVIe siècle contemporaines de l'impression. Quelques rousseurs éparses ; vélin légèrement maculé en plats ; ensemble cohérent et solide.petite galerie travesante sans atteinte au texte
ProvenanceDeux annotations manuscrites contemporaines de l'impression témoignent d'une histoire de possession complexe et suggestive. Sur la page de titre, en haut à droite, une note en cursive humaniste du XVIe siècle se lit : « autoris Parisiensis / e / [Cy ou Ly...] exquis[iti] permiss[u] » — soit, dans la lecture la plus probable : « de l'auteur parisien, [sorti] d'un Collège avec autorisation ». Cette formule, caractéristique des notes d'appartenance et de circulation institutionnelles du XVIe siècle, suggère que le volume a appartenu à une bibliothèque de collège ou d'académie — gymnase protestant rhénan, collège humaniste, ou institution académique bâloise — avant de passer en mains privées. Elle expliquerait à la fois la sobriété de la reliure, typique des reliures institutionnelles, et la qualité exceptionnelle de conservation du papier. La lecture complète de la note reste incertaine. Sur le feuillet de garde antérieur, ex-libris manuscrit en belle cursive humaniste — lecture proposée : « I. [ou J.] Janissini » (patronyme à consonance italienne ou dalmate, XVIe siècle) — possesseur privé non identifié avec certitude, possiblement un bibliothécaire, un recteur ou un membre lettré de l'institution mentionnée sur la page de titre.
Prix de vente 4 000 €

Prix en Euros nets · Frais de port à la charge du client · Paiement par virement ou chèque · Conditions générales de vente

Contexte historique

Lucubrationes variae. dans son époque

Les textes réunis dans ce volume ont été écrits dans la France du premier tiers du XVIe siècle — le moment exact où l'humanisme italien franchit les Alpes et se naturalise français.
François Ier, mécène fastueux qui rêve de faire de sa cour le nouveau foyer intellectuel de l'Europe, offre à Budé les conditions d'une action culturelle sans précédent. C'est dans ce contexte d'effervescence royale que Budé arrache au roi la fondation du Collège des Lecteurs Royaux en 1530 — premier établissement d'enseignement supérieur laïc en France, enseignant le grec, le latin et l'hébreu hors de l'autorité de la Sorbonne, ancêtre direct du Collège de France. Cette victoire institutionnelle est l'aboutissement de trente ans de combat solitaire : Budé avait appris le grec seul, sans maître, par une obstination que tous ses contemporains jugeaient prodigieuse, et avait fait de cette langue morte la clé d'un renouveau civilisationnel.
Le volume paraît en 1557 dans une Europe profondément fracturée par la Réforme. Bâle est alors un refuge unique : ville libre, tolérante, carrefour entre monde germanique et monde latin, elle accueille les exilés religieux de toute l'Europe — Curione lui-même en est un, comme avant lui Érasme, Castellion et Münster. L'imprimerie bâloise, héritière de Froben, est le grand instrument de diffusion de l'humanisme réformé. Publier Budé à Bâle en 1557, dix-sept ans après sa mort, c'est inscrire un auteur resté officiellement catholique dans le réseau protestant et tolérant qui seul, à cette date, pouvait encore produire librement ce type de synthèse entre culture antique et pensée chrétienne évangélique.
Le volume s'inscrit enfin dans le grand débat stylistique et intellectuel du cicéronianisme — querelle qui divisa l'humanisme européen pendant tout le premier XVIe siècle.
Faut-il écrire un latin pur et cicéronien, ou un latin vivant nourri de toutes les sources antiques ? Érasme, dans son Ciceronianus (1528), avait moqué les puristes ; Budé, de son côté, défendait un latin archaïsant et dense, chargé de la totalité du lexique antique. Ce débat, que Curione évoque avec franchise dans sa préface, n'est pas seulement stylistique — il est politique et théologique : derrière la question du latin se joue celle de la liberté intellectuelle, du rapport à l'Antiquité et de la place du savant dans la cité. C'est la première et unique édition collective des œuvres mineures de Budé, qui ne sera jamais rééditée — ce qui explique sa rareté absolue sur le marché actuel. Aucun exemplaire comparable —

À propos de l'auteur

Guillaume Budé (Guilielmus Budaeus, 1467–1540)

Guillaume Budé (Paris, 1467 – Paris, 1540), latinisé en Guilielmus Budaeus, est le plus grand helléniste français de la Renaissance et l'une des figures intellectuelles les plus singulières de son temps. Issu d'une famille de hauts fonctionnaires royaux, il s'initia seul au latin puis, à partir de 1494, au grec — d'abord auprès du copiste Georges Hermonyme de Sparte installé à Paris, puis grâce aux leçons de Janus Lascaris, émissaire des Médicis en France. Érasme, qui le tenait pour son égal et son rival, lui décerna le titre de Miraculum Galliae — « Prodige de la France ». Ses liens avec François Ier furent à la fois intellectuels et institutionnels : dès l'avènement du roi en 1515, Budé plaida inlassablement pour la cause des belles lettres à la cour, suivit le roi dans ses déplacements — Dijon, Amboise, Blois, Romorantin — et fut présent lors de la rencontre de François Ier et d'Henri VIII au Camp du Drap d'Or (1520).
En 1519, il offrit au roi un manuscrit en français intitulé Institution du Prince. François Ier créa pour lui en 1522 la charge de Maître de la Librairie du roi, et c'est grâce à son influence que fut institué en 1537 le dépôt légal, toujours en vigueur. Le couronnement de cette action fut la fondation en 1530 du Collège des Lecteurs Royaux (futur Collège de France). Son réseau embrasse Thomas More — avec qui il entretint une correspondance dès 1518 et dont il favorisa la diffusion de l'Utopie en France —, Pietro Bembo, Juan Luis Vives, Étienne Dolet, et jusqu'au jeune Rabelais, qui lui adressa une lettre admirative en 1521.
Son De Asse et Partibus Eius (1514) révolutionna la numismatique et la philologie antique ; ses Commentarii Linguae Graecae (1529) servirent de source directe à Henri II Estienne pour son monumental Thesaurus Linguae Graecae. Il mourut en août 1540 et fut enterré de nuit, sans cérémonie, selon ses propres instructions testamentaires.

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