Publié à Amsterdam chez E. van Harrevelt, ce petit in-12 en plein cuir d’époque présente la première édition originale française du Traité des délits et des peines, traduit d’après la troisième édition italienne revue et augmentée par l’auteur, avec des additions inédites non encore parues en italien. Écrit en 1764 par César-Bonesana, marquis de Beccaria, à l’âge de vingt-six ans, l’ouvrage constitue le manifeste fondateur du réformisme pénal des Lumières : il réclame l’abolition de la torture et des supplices, la proportionnalité des peines, la clarté de la loi et une justice fondée sur la prévention plutôt que sur la vengeance. Son influence fut immédiate et durable, des cours européennes éclairées jusqu’aux pères fondateurs des États-Unis, en passant par les rédacteurs du Code pénal français de 1791. Voltaire lui consacra un commentaire célèbre dès 1767. L’exemplaire, intérieur très frais, est un témoignage direct de la diffusion de cette pensée révolutionnaire dans l’espace intellectuel européen.
« Si les hommes ont renoncé à une partie de leur liberté naturelle, c'est uniquement pour s'assurer la jouissance paisible du reste. »
César-Bonesana, marquis de Beccaria, Traité des délits et des peines, E. van Harrevelt, Amsterdam, chapitre II.
| Auteur | César-Bonesana, marquis de Beccaria |
|---|---|
| Date & Lieu | Amsterdam |
| Imprimeur | E. van Harrevelt |
| Format | Small 12mo, 239 pages |
| Reliure | Plein cuir d'époque, dos lisse orné, pièce de titre en maroquin rouge, tranches rouges |
| État | Petite épidermure sur le plat arrière, petit manque en bas à gauche du plat arrière ; intérieur très frais et bien conservé |
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La parution du Dei delitti e delle pene à Livourne en 1764 constitue l'un des événements éditoriaux les plus marquants du siècle des Lumières. Dans une Europe où la procédure pénale demeurait largement héritée de la tradition inquisitoriale médiévale — avec ses aveux obtenus sous la contrainte, ses peines corporelles spectaculaires et son absence de proportionnalité —, Beccaria formule pour la première fois un système cohérent de philosophie pénale fondé sur le contrat social et l'utilitarisme. S'appuyant sur Montesquieu, Locke et Rousseau, il affirme que la société n'a le droit de punir que dans la stricte mesure nécessaire à sa propre conservation, et que la certitude de la peine est plus dissuasive que sa sévérité. L'ouvrage fut traduit en français dès 1765 par l'abbé Morellet, puis diffusé dans toute l'Europe avec le commentaire de Voltaire (1767). Son influence sur les législateurs fut considérable : le grand-duc Pierre-Léopold de Toscane abolit la peine de mort en 1786, Catherine II de Russie s'en inspira pour son Nakoze, et les rédacteurs du Code pénal révolutionnaire français de 1791 en firent l'un de leurs textes de référence. Cette édition originale française, publiée à Amsterdam chez Van Harrevelt, s'inscrit dans la vague de diffusion internationale qui fit du Traité l'un des livres les plus lus et les plus cités du XVIIIe siècle.
César-Bonesana, marquis de Beccaria (Milan, 1738 – Milan, 1794) est un juriste, philosophe et économiste lombard, figure majeure des Lumières italiennes. Issu d'une famille aristocratique milanaise, il est formé au droit à Pavie avant de rejoindre le cercle intellectuel des frères Pietro et Alessandro Verri à Milan, au sein de l'académie des Pugni et de la revue Il Caffè. C'est à l'instigation de ce cercle qu'il rédige le Dei delitti e delle pene en moins de deux ans. Le succès européen de l'ouvrage lui vaut une invitation à Paris en 1766, où il rencontre les encyclopédistes. De retour en Lombardie, il occupe diverses fonctions administratives au service des réformes autrichiennes éclairées, notamment comme professeur d'économie politique à Milan (1768) et comme conseiller d'État. Son influence s'étendit bien au-delà du droit pénal, touchant la philosophie morale, l'économie et la science politique des Lumières.