Publié anonymement pour la première fois à Paris chez Claude Barbin en 1670, Le Comte de Gabalis de Montfaucon de Villars est l’un des textes les plus singuliers et les plus influents de la littérature ésotérique européenne du XVIIe siècle. Sous la forme de dialogues philosophiques, l’abbé y expose avec une ambiguïté savamment entretenue les doctrines des esprits élémentaires — sylphes, ondins, gnomes et salamandres — héritées des traditions hermétiques et rosicrusiennes, oscillant entre satire mordante et exposé semi-sérieux des croyances occultes de son temps. Cet exemplaire, édition clandestine dite « Pierre Marteau » datant d’environ 1715, réunit en un volume in-12 trois parties augmentées : le texte principal, une lettre et sa réponse, et une suite, le tout relié en plein cuir d’époque à cinq nerfs richement ornés. L’adresse fictive « Cologne, Pierre Marteau » signale une impression hollandaise, marque de fabrique des éditions interdites ou sulfureuses circulant dans l’Europe des Lumières. Un classique de la bibliophilie ésotérique, dont l’influence s’étend de Pope à Nodier.
| Auteur | Nicolas-Pierre-Henri de Montfaucon de Villars |
|---|---|
| Date & Lieu | Cologne [adresse fictive — impression hollandaise probable], vers 1715 |
| Imprimeur | Pierre Marteau (pseudonyme d'imprimeur clandestin — impression hollandaise) |
| Format | In-12, trois parties en un volume — 139 pp. ; Lettre 4 pp. ; Réponse 10 pp. ; Suite 150 pp |
| Reliure | Plein cuir d'époque, dos à cinq nerfs, pièce de titre sur maroquin rouge, caissons richement ornés, tranches mouchetées |
| État | Fissure au plat avant et au mors sur quelques centimètres ; coiffes de tête et de pied manquantes ; intérieur frais |
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Le Comte de Gabalis paraît en 1670 dans un contexte de fascination croissante pour les sciences occultes et les traditions rosicrusiennes dans les cercles lettrés parisiens. L'ouvrage se présente comme la transcription de cinq entretiens entre le narrateur et un comte initié aux secrets des « philosophes inconnus », lesquels maîtriseraient les quatre éléments par la médiation de leurs esprits — sylphes (air), ondins (eau), gnomes (terre) et salamandres (feu). Cette cosmologie, héritée de Paracelse et des courants hermétiques de la Renaissance, est exposée avec une ironie constante qui rend difficile toute lecture au premier degré. La mort prématurée de Montfaucon de Villars en 1673 — il fut assassiné dans des circonstances non élucidées — alimenta rapidement la légende selon laquelle il aurait été supprimé par les initiés dont il avait trahi les secrets. L'ouvrage connut une diffusion considérable au XVIIIe siècle, notamment après que Alexander Pope s'en fut inspiré pour la mécanique des sylphes dans The Rape of the Lock (1712). L'adresse fictive « Cologne, Pierre Marteau », utilisée depuis la fin du XVIIe siècle pour des dizaines d'ouvrages clandestins imprimés principalement à Amsterdam et à La Haye, est l'une des plus célèbres de l'histoire de l'édition clandestine européenne. Sa présence sur la page de titre signale un ouvrage qui circulait en dehors des circuits de librairie ordinaires, destiné à un public de connaisseurs.
Nicolas-Pierre-Henri de Montfaucon de Villars (Alet-les-Bains, 1635 – Paris, 1673) est un abbé et écrivain français dont la biographie demeure en partie obscure. Issu d'une famille noble du Languedoc, il mène à Paris une vie de lettres fréquentant les cercles précieux et libertins. Le Comte de Gabalis, publié en 1670, est son unique œuvre connue. Sa mort en 1673, dans des circonstances non élucidées, donna naissance à une légende tenace selon laquelle il aurait été victime des sociétés secrètes dont il avait divulgué les doctrines. L'ouvrage connut une fortune posthume considérable : traduit en anglais dès 1680, il influença Pope, Addison et plus tard Nodier, Nerval et les romantiques français, qui y virent une source sur les esprits élémentaires et la cosmologie hermétique. La question de savoir si Montfaucon de Villars était sincèrement initié aux doctrines qu'il exposait ou s'il se contentait de les parodier reste ouverte dans la critique littéraire.