Publiée à Amsterdam chez Pierre Mortier, probablement en 1744, cette édition originale de la traduction française du De legibus naturae de Richard Cumberland, évêque de Peterborough, représente l’un des jalons majeurs de la philosophie du droit naturel protestant au XVIIIe siècle. Cumberland y développe une théorie du droit naturel fondée sur la recherche du bien commun et l’harmonie rationnelle entre les individus, s’opposant explicitement à l’anthropologie pessimiste de Hobbes. La traduction et les abondants commentaires de Jean Barbeyrac, juriste protestant exilé et professeur à Groningue, transforment cette édition en véritable synthèse du jusnaturalisme moderne, qui exercera une influence durable sur Pufendorf, Vattel et les fondateurs du droit des gens. L’exemplaire, relié en plein veau marbré d’époque à cinq nerfs avec page de titre imprimée en rouge et noir, est frais intérieurement et solidement conservé. Références : Brunet V, 589 ; Einaudi 5506 ; Kress 537.
| Auteur | Richard Cumberland — traduction française et commentaires de Jean Barbeyrac |
|---|---|
| Date & Lieu | Amsterdam |
| Imprimeur | Pierre Mortier |
| Format | In-4° (environ 25 × 20 cm), environ 476 pages + index et notes ; page de titre imprimée en rouge et noir avec vignette ornée, sans frontispice |
| Reliure | Plein veau marbré d'époque, dos à cinq nerfs orné de fleurons dorés, tranches rouges |
| État | Coins émoussés, légers frottements à la reliure ; intérieur frais, impression nette sur papier vergé |
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Le De legibus naturae de Richard Cumberland, publié en latin à Londres en 1672, constitue l'une des réponses les plus élaborées à la philosophie politique de Hobbes dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Là où Hobbes fondait la nécessité du contrat social sur la crainte et l'intérêt individuel, Cumberland affirme que les lois naturelles reposent sur un principe de bienveillance universelle et de recherche du bien commun, inscrit dans la nature rationnelle de l'homme. Ce faisant, il s'inscrit dans la tradition du droit naturel théologique tout en l'infléchissant vers un utilitarisme moral avant la lettre. La traduction française de Jean Barbeyrac, juriste huguenot réfugié aux Provinces-Unies puis professeur à Lausanne et Groningue, joue un rôle capital dans la diffusion continentale de ces idées. Barbeyrac, qui avait déjà traduit Pufendorf et Grotius, enrichit le texte de Cumberland d'un appareil critique considérable — notes, références, discussions comparatives — qui transforme l'ouvrage en manuel de référence du jusnaturalisme protestant. Cette édition publiée chez Pierre Mortier, l'un des grands libraires-éditeurs d'Amsterdam spécialisé dans les ouvrages juridiques et philosophiques, s'inscrit dans la grande tradition de l'édition hollandaise comme relais international de la pensée protestante et réformée. Les références bibliographiques de Brunet, Einaudi et Kress attestent de la reconnaissance de cet ouvrage dans l'histoire de la pensée économique et juridique européenne.
Richard Cumberland (Londres, 1631 – Peterborough, 1718) est un philosophe moral et prélat anglican, évêque de Peterborough de 1691 à sa mort. Formé à Cambridge, il est l'un des représentants du courant des platoniciens de Cambridge, même si sa méthode est plus empirique que celle de ses contemporains Henry More et Ralph Cudworth. Son De legibus naturae (1672) est son œuvre maîtresse, dans laquelle il fonde le droit naturel sur la sociabilité humaine et la recherche du bonheur collectif, en réfutation directe du Léviathan de Hobbes. Le traducteur Jean Barbeyrac (Béziers, 1674 – Groningue, 1744), juriste huguenot formé à Genève et Berlin, fut l'un des plus importants médiateurs du jusnaturalisme protestant en Europe continentale. Ses traductions commentées de Grotius, Pufendorf et Cumberland sont considérées comme des œuvres savantes autonomes, qui contribuèrent de façon décisive à la formation du droit des gens moderne et à la pensée politique des Lumières.