Traduit pour la première fois en français par Jean Barbeyrac en 1706, le De jure naturae et gentium de Samuel von Pufendorf — paru en latin à Lund en 1672 — constitue l’un des textes fondateurs de la théorie moderne du droit naturel. La seconde édition de 1712, entièrement refondue, sensiblement augmentée de notes et d’additions critiques par Barbeyrac lui-même, est la version qui s’imposa durablement comme référence dans les cercles juridiques et philosophiques des Lumières. Dans la trajectoire de Pufendorf, cet ouvrage marque l’aboutissement d’une réflexion engagée dès son Elementorum jurisprudentiae universalis (1660) : il y systématise une science du droit fondée sur la sociabilité naturelle de l’homme, en rupture avec la tradition scolastique et en dialogue critique avec Hobbes, dont il rejette l’absolutisme sans congédier l’idée de contrat. Dans l’arc historique de la philosophie du droit, Pufendorf prolonge l’édifice posé par Grotius (De jure belli ac pacis, 1625) tout en ouvrant la voie aux développements de Locke, de Rousseau et, au-delà, à l’ensemble du constitutionnalisme des Lumières. La présence liée en fin de volume de l’Oratio inauguralis de dignitate et utilitate juris ac historiarum de Barbeyrac confère à cet exemplaire une cohérence intellectuelle supplémentaire : le traducteur y expose sa propre conception de l’utilité du droit naturel, faisant de ce volume un double témoignage sur l’œuvre et sa réception française.
« Pufendorf a mieux traité que personne les principes du droit naturel ; et si quelque chose manque à son ouvrage, c'est la précision du style. »
Rousseau (Jean-Jacques), Émile, ou De l'éducation, Paris, Duchesne, 1762, livre V — note sur les lectures recommandées.
| Auteur | Samuel von Pufendorf (1632–1694) ; traduction et notes de Jean Barbeyrac (1674–1744) |
|---|---|
| Illustrateur | Pieter Stevens van Gunst (1659–1724), graveur — frontispice portrait de Pufendorf, gravé en taille-douce |
| Date & Lieu | Amsterdam — 1712 |
| Imprimeur | Pierre de Coup (Petrum de Coup), Amsterdam |
| Format | In-4°, 2 volumes en 2 tomes. T. I : [3 ff.], CXXII pp., [2 ff.], 613 pp. — T. II : [2 ff.], 506 pp., [9 ff.] de table, suivi de l'Oratio inauguralis (28 pp.). Pages de titre en rouge et noir. |
| Reliure | Plein cuir de l'époque, dos à cinq nerfs, caissons richement ornés et dorés. Toutes tranches marbrées. |
| Poids | 2,9 kg |
| État | Intérieur frais. Reliure cohérente et bien conservée ; dorures des caissons nettes. Ensemble de belle tenue. |
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Publié en latin à Lund en 1672, le De jure naturae et gentium de Samuel von Pufendorf est la première tentative systématique de fonder une science du droit entièrement indépendante de la théologie révélée. Pufendorf y démontre que les principes du droit naturel et du droit des gens procèdent de la seule raison et de la condition sociale de l'homme, rejoignant en cela les préoccupations de Grotius tout en s'en distinguant par une rigueur quasi mathématique héritée de la méthode cartésienne. L'ouvrage connut un succès immédiat dans toute l'Europe lettrée, avant même la traduction française : il était lu en latin dans les universités de Heidelberg, Lund, Uppsala et dans les Académies protestantes.
La traduction de Jean Barbeyrac, professeur huguenot d'abord à Lausanne puis à Groningue, en fit une œuvre accessible aux magistrats, aux diplomates et aux philosophes qui ne lisaient pas le latin savant. Cette seconde édition de 1712 — entièrement refondue et considérablement augmentée — est la version qui s'imposa dans les bibliothèques des Lumières : Montesquieu, Rousseau et les rédacteurs de l'Encyclopédie s'y référèrent directement. Elle est absente de Brunet, qui ne mentionne que les éditions de 1720 et 1734, ce qui lui confère un intérêt bibliographique supplémentaire.
Samuel von Pufendorf naquit en 1632 à Dorfchemnitz, en Saxe, fils d'un pasteur luthérien.
Après des études de théologie et de philosophie à Leipzig et à Iéna, il occupa en 1661 la première chaire de droit naturel et des gens jamais créée, à l'université d'Heidelberg.
Il enseigna ensuite à Lund (Suède), puis devint historiographe royal à Stockholm et enfin à Berlin, où il mourut en 1694. Ses œuvres majeures — Elementorum jurisprudentiae universalis (1660), De jure naturae et gentium (1672), De officio hominis et civis (1673) — forment le corpus fondateur du jusnaturalisme moderne.
Jean Barbeyrac (1674–1744), son traducteur, est lui-même une figure de premier plan : réfugié huguenot formé à Genève et à Lausanne, ses notes critiques considérables enrichissent la traduction au point d'en faire une œuvre quasi indépendante, que les Lumières lisaient souvent autant pour les commentaires que pour le texte original.