Les Principes de la Philosophie constituent l’œuvre de synthèse de Descartes : une exposition systématique de l’ensemble de sa philosophie naturelle, de la métaphysique du cogito à la physique des tourbillons cosmiques, en passant par la cosmologie et la physique terrestre en quatre livres distincts. Publiée d’abord en latin sous le titre Principia Philosophiae (Amsterdam, Elzevier, 1644), puis traduite en français par l’abbé Claude Picot dès 1647 chez Henri Le Gras — avec des additions de Descartes lui-même —, l’œuvre connut en France un succès durable, attesté par cette quatrième édition de 1681, établie chez Nicolas Le Gras, fils du premier éditeur. La révision en fut assurée par Claude Clerselier (1614–1684), ami, disciple et exécuteur testamentaire philosophique de Descartes, qui avait déjà traduit les Objections et Réponses des Méditations métaphysiques et édité trois volumes de lettres posthumes : nul mieux que lui ne pouvait garantir la fidélité du texte à la pensée du maître. Dans la trajectoire de Descartes, les Principes succèdent au Discours de la méthode (1637) et aux Méditations métaphysiques (1641), dont ils systématisent les acquis avant de les étendre à l’ensemble de la nature ; ils représentent, dans le projet intellectuel cartésien, le couronnement de l’édifice. Dans l’arc historique, cette édition de 1681 paraît au moment exact où la philosophie naturelle cartésienne commence à rencontrer ses premiers adversaires décisifs : Malebranche publie sa Recherche de la vérité en 1674, et Newton achève ses Principia Mathematica en 1687 — qui déplaceront définitivement la théorie des tourbillons au profit d’une mécanique fondée sur la gravitation universelle.
« Toute la Philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la Métaphysique, le tronc est la Physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences. »
Descartes, René, « Lettre de l'auteur à celui qui a traduit le livre » [préface à la traduction française], in Les Principes de la Philosophie, traduit par l'abbé Claude Picot, Paris, Henry Le Gras, 1647.
| Auteur | Descartes, René |
|---|---|
| Illustrateur | (Gravures non attribuées ; figures sur bois dans le corps du texte ; planches en taille-douce en fin de volume, reprises de la première édition) |
| Date & Lieu | Paris — 1681 |
| Imprimeur | Nicolas Le Gras, Paris |
| Format | In-4°, (62) - 477 - (3) pages ; 21 planches repliées dont 20 numérotées en taille-douce en fin de volume, et figures dans le corps du texte |
| Reliure | Veau brun d'époque, dos à nerfs orné |
| État | Trois planches légèrement froissées. Mouillure claire en début d'ouvrage. Petite galerie de ver sur plusieurs cahiers en marge intérieure, sans nuire à la lecture du texte. Ancienne réparation en bas du plat arrière. Ensemble solide. |
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Publiée en latin à Amsterdam en 1644 sous le titre Principia Philosophiae, puis traduite en français par l'abbé Claude Picot en 1647 — le philosophe ayant lui-même rédigé une préface spécifique à cette version —, l'œuvre se présente comme la synthèse définitive du système cartésien. Divisée en quatre parties (principes de la connaissance humaine, principes des choses matérielles, monde visible, physique terrestre), elle expose le mécanisme universel fondé sur l'étendue et le mouvement, et propose la célèbre théorie des tourbillons pour rendre compte de la formation des corps célestes. Cette quatrième édition française, revue par Claude Clerselier et publiée par Nicolas Le Gras, constitue un moment bibliographique remarquable : Clerselier, dépositaire des papiers de Descartes après sa mort et éditeur de plusieurs volumes de sa correspondance posthume, apporte à cette révision une autorité documentaire que nul autre ne pouvait revendiquer. Nicolas Le Gras, héritier de la maison fondée par son père Henri — premier éditeur des Principes en 1647 —, s'était imposé comme l'éditeur de référence des classiques philosophiques et scientifiques de son temps, publiant également Gassendi et Malebranche. L'appareil iconographique de cette édition, avec ses vingt planches repliées en taille-douce reprises de la première édition et ses figures dans le corps du texte, en fait un objet particulièrement complet. Elle paraît à l'heure où la philosophie naturelle cartésienne, dominant encore les esprits français, commence pourtant à être ébranlée par les nouvelles physiques qui lui succéderont.
René Descartes (La Haye-en-Touraine, 1596 – Stockholm, 1650), philosophe, mathématicien et physicien, est l'une des figures fondatrices de la pensée moderne. Après des études au collège jésuite de La Flèche, il voyagea longuement, s'engagea comme soldat, et se fixa aux Provinces-Unies où il mena ses recherches dans un anonymat délibéré. Il publia successivement le Discours de la méthode (1637), les Méditations métaphysiques (1641) et les Principia Philosophiae (1644), construisant un système qui subordonne toute connaissance à la certitude du cogito et réduit la nature à la mécanique de l'étendue. Invité à la cour de la reine Christine de Suède, il mourut à Stockholm d'une pneumonie, à cinquante-trois ans. Son œuvre détermina l'orientation de la philosophie et de la physique européennes pendant plus d'un siècle.