Publiées à La Haye chez Jean Neaulme, probablement en 1748, les Lettres philosophiques sur les physionomies constituent un précurseur remarquable de la physiognomonie des Lumières, attribuées par Barbier à l’abbé Jacques Pernetti. En deux parties réunies en un seul volume in-12, l’ouvrage explore les correspondances supposées entre les traits du visage et les dispositions morales de l’individu, mêlant réflexion philosophique, observation psychologique et considérations éthiques, dans la ligne des débats sur la « science de l’homme » qui prépareront les travaux de Lavater. L’exemplaire est enrichi par une curiosité bibliographique et historique de premier ordre : la confusion entre l’auteur, Jacques Pernetti, et son cousin Antoine-Joseph Pernety — bénédictin, voyageur et figure du mysticisme hermétique — conduisit Frédéric II de Prusse à offrir un poste de bibliothécaire royal au mauvais Pernety, erreur documentée par plusieurs lettres royales publiées au XIXe siècle. Relié en plein cuir d’époque, dos à cinq nerfs, intérieur frais.
| Auteur | Jacques Pernetti |
|---|---|
| Date & Lieu | La Haye |
| Imprimeur | Jean Neaulme |
| Format | In-12, deux parties en un volume — 132 pages + 120 pages |
| Reliure | Plein cuir d'époque, dos à cinq nerfs orné de fleurons dorés, tranches mouchetées rouges |
| État | Quelques traces d'usage à la reliure ; mors supérieur du plat avant anciennement fendu puis restauré ; intérieur bien conservé et frais |
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La physiognomonie — art de lire le caractère moral d'un individu dans les traits de son visage — est une discipline ancienne, remontant à la tradition aristotélicienne et médiévale, qui connaît au XVIIIe siècle un renouveau intellectuel considérable dans le cadre des Lumières et de leur intérêt pour les « sciences de l'homme ». Avant les célèbres Fragments physiognomoniques de Johann Kaspar Lavater (1775–1778), qui donneront à la discipline sa forme la plus systématique et la plus diffusée, plusieurs penseurs français et hollandais s'étaient employés à réexaminer ces correspondances entre corps et âme à la lumière de la philosophie empiriste et de la psychologie naissante. L'ouvrage de Pernetti, publié à La Haye chez Jean Neaulme — l'un des grands libraires-éditeurs protestants des Provinces-Unies, connu pour ses publications philosophiques et littéraires —, s'inscrit dans ce mouvement de réhabilitation philosophique de la physiognomonie. La confusion entre Jacques Pernetti et son cousin Antoine-Joseph Pernety illustre de façon savoureuse les difficultés de l'attribution dans une période où la publication anonyme ou pseudonyme était fréquente, et témoigne en même temps de la célébrité que ces Lettres avaient acquise jusqu'à la cour de Frédéric II. Antoine-Joseph Pernety, qui recueillit par erreur l'invitation prussienne, devint effectivement bibliothécaire royal à Berlin de 1767 à 1783, avant de poursuivre une carrière de mystique et d'alchimiste qui lui vaut aujourd'hui une place dans l'histoire de l'hermétisme européen.
Jacques Pernetti (Lyon, 1700 – Lyon, 1777) est un abbé, homme de lettres et érudit français, actif dans les milieux intellectuels lyonnais et parisiens du XVIIIe siècle. Auteur de plusieurs ouvrages de morale, de littérature et de philosophie pratique, il est notamment connu pour ses Conseils de l'amitié (1748) et ses Recherches pour servir à l'histoire de Lyon (1757). Son cousin Antoine-Joseph Pernety (Roanne, 1716 – Avignon, 1796), bénédictin défroqué, voyageur aux Malouines et bibliothécaire de Frédéric II à Berlin, est une figure beaucoup plus connue de l'histoire de l'ésotérisme : auteur d'un Dictionnaire mytho-hermétique (1758) et fondateur d'une société illuministe à Avignon, il représente le courant de l'hermétisme spéculatif dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. La confusion entre les deux cousins, au-delà de l'anecdote, révèle la porosité des frontières entre philosophie morale, sciences de l'homme et traditions ésotériques dans les Lumières françaises.