Imprimé à Bâle en 1521 par Andreas Cratander et traduit du grec en latin par Johannes Oecolampadius, ce petit in-4° post-incunable transmet l’Oratio 32 de Grégoire de Nazianze, prononcée vers 379 à Constantinople. Dans ce sermon d’une grande densité théologique, le Père cappadocien appelle à la modération et à la prudence dans les controverses doctrinales, affirmant que la spéculation sur le divin exige compétence, maturité spirituelle et discernement du moment. L’édition bâloise de 1521 — imprimée l’année même de la Diète de Worms — s’inscrit dans le mouvement de réappropriation des Pères grecs par les milieux humanistes et réformateurs, Oecolampadius étant alors l’un des proches d’Érasme et de Zwingli. Tirage vraisemblablement limité à quelques centaines d’exemplaires, cette édition est aujourd’hui rarement rencontrée sur le marché bibliophilique.
« Non omnibus, fratres, nec omnibus temporibus disputare de Deo convenit. Nec omnibus quidem, nec omnibus temporibus ; sed sciendum est quibus, et quando, et quantum. »
Grégoire de Nazianze, Oratio 32 (De Moderandis Disputationibus), traduit par Johannes Oecolampadius, apud Andream Cratandrum, Basileae, 1521.
| Auteur | Grégoire de Nazianze — traduction latine de Johannes Oecolampadius |
|---|---|
| Date & Lieu | Bâle (Basileae), 1521 |
| Imprimeur | Andreas Cratander (apud Andream Cratandrum) |
| Format | Petit in-4°, environ 30 pages |
| Reliure | Demi-percaline à la manière de Bradel — reliure postérieure sobre et protectrice |
| État | Traces d'usage compatibles avec un ouvrage du premier XVIe siècle ; structure sain |
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L'édition bâloise de 1521 du De Moderandis Disputationibus s'inscrit dans un moment charnière de l'histoire intellectuelle européenne. Bâle constitue alors l'un des foyers les plus actifs de l'humanisme rhénan : la présence d'Érasme, les ateliers de Froben et de Cratander, ainsi que les cercles évangéliques animés par Oecolampadius en font un centre d'édition et de débat théologique sans équivalent. La publication de textes patristiques grecs — traduits en latin élégant à l'usage des clercs réformateurs — participe d'une stratégie intellectuelle précise : opposer l'autorité des Pères de l'Église primitive aux excès de la scolastique médiévale. Grégoire de Nazianze, dont l'Oratio 32 plaide pour la mesure et la retenue dans les controverses doctrinales, offre en ce sens un argument patrístique idéal pour les humanistes soucieux de pacifier les querelles religieuses qui déchirent l'Occident chrétien. L'année 1521 est précisément celle où Luther comparaît devant la Diète de Worms et refuse de se rétracter : dans ce contexte de rupture imminente, la voix de Grégoire appelant à la modération prend une résonance particulièrement aiguë. L'imprimeur Andreas Cratander, actif à Bâle de 1519 à 1536, est reconnu pour la qualité de ses productions humanistes, notamment ses éditions de textes grecs et patristiques.
Grégoire de Nazianze (vers 329 – vers 390), dit « le Théologien », est l'un des trois Pères cappadociens aux côtés de Basile de Césarée et de Grégoire de Nysse. Formé à Athènes, où il se lie d'amitié avec Basile, il est ordonné évêque de Sasimes avant d'être appelé à Constantinople, dont il devient l'archevêque en 379. Il préside le premier concile de Constantinople en 381, qui confirme le symbole de Nicée et condamne l'arianisme et le macédonianisme. Son œuvre, comprenant une quarantaine de discours théologiques, des lettres et des poèmes, est d'une rare élévation stylistique. Ses Cinq Discours théologiques lui valurent le titre de « Théologien », qu'il partage dans la tradition orthodoxe avec l'apôtre Jean. Le traducteur Johannes Oecolampadius (1482–1531), humaniste formé à Heidelberg et à Stuttgart, fut l'un des artisans de la Réforme à Bâle, où il introduisit la Cène réformée en 1525. Proche d'Érasme et de Zwingli, il participa à la controverse eucharistique de Marbourg (1529) aux côtés de Zwingli contre Luther.