Publiée en 1926 par A. A. M. Stols à Maestricht et vendue à Paris chez Claude Aveline, la collection Les Livrets du Bibliophile réunit en dix minces volumes les plus beaux textes français consacrés à l’amour du livre : de Nodier à Duhamel, en passant par Flaubert, Mallarmé, Valéry, Claudel, Anatole France, Larbaud et Asselineau. Le premier livret donne Le Bibliomane de Charles Nodier, conte publié en 1831 puis recueilli parmi ses contes fantastiques, où le bibliophile meurt d’avoir découvert un Elzevier mieux rogné que le sien : dans la trajectoire de Nodier, bibliothécaire de l’Arsenal et lui-même collectionneur redoutable, ce texte prolonge la veine satirique et confidentielle de ses Mélanges tirés d’une petite bibliothèque (1829). En amont, la collection hérite de la tradition des bibliographes romantiques et d’Octave Uzanne, qui avait fait du bibliophile un personnage littéraire ; en aval, elle annonce les anthologies de la bibliophilie du XXᵉ siècle et illustre l’exigence typographique d’A. A. M. Stols, l’un des grands imprimeurs-éditeurs néerlandais de l’entre-deux-guerres, dont l’atelier Boosten & Stols travailla pour Gide, Valéry et Larbaud.
| Auteur | Charles Nodier, Paul Claudel, Anatole France, Claude Aveline, Stéphane Mallarmé, Paul Valéry, Gustave Flaubert, Valery Larbaud, Charles Asselineau, Georges Duhamel — collection publiée sous la direction d'A. A. M. Stols |
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| Illustrateur | Jan Franken Pzn (J. Franken Pzn), graveur sur bois néerlandais — vignette de couverture signée du monogramme « JF » entrelacé, en bas à droite, figurant un bibliophile à lunettes tenant un livre. |
| Date & Lieu | Maestricht — Paris, 1926 |
| Format | Petit in-12 (16 × 12 cm), 10 volumes brochés, de 32 à 86 pages chacun |
| Tirage | Sur le vélin Brédero : le « vélin » désigne ici non le parchemin animal mais un papier vélin, c'est-à-dire un papier à surface unie, sans vergeures ni pontuseaux visibles par transparence, obtenu sur une forme à toile serrée. Le Brédero est un papier vélin néerlandais de qualité bibliophilique, du nom du poète et dramaturge amstellodamois Gerbrand Adriaensz. Bredero (1585–1618) ; Stols, éditeur maestrichtois, y recourait couramment comme troisième papier de ses tirages de tête, après le Japon et le Hollande van Gelder. Il s'agit du papier courant de l'édition, mais numéroté et nominatif au même titre que les grands papiers. |
| Reliure | Broché, couvertures imprimées d'origine conservées |
| Poids | 0.540Kg |
| État | Ensemble complet des dix livrets., petites defauts d'usage , trace d'unvegetalsur la garde du tome I, |
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En 1926, A. A. M. Stols (1900–1973) n'a que vingt-six ans mais dirige déjà, depuis Maestricht, l'une des maisons les plus exigeantes d'Europe en matière de typographie : entre 1922 et 1942 il publiera plus de cinq cents titres, en néerlandais comme en français, et deviendra l'éditeur de Larbaud, Valéry et Gide.
Les Livrets du Bibliophile, vendus à Paris par le jeune Claude Aveline libraire, éditeur et écrivain, disciple d'Anatole France constituent une manière de manifeste : dix textes brefs sur le livre, imprimés avec un soin qui fait de l'objet la démonstration de son propre propos.
La série mêle classiques du XIXᵉ siècle (Nodier, Flaubert, Asselineau, France) et contemporains, dont trois éditions originales Claudel, Valéry et Aveline lui-même.
L'ensemble s'inscrit dans le grand mouvement de renaissance typographique de l'entre-deux-guerres, où le livre limité, numéroté et imprimé sur papier choisi devient un genre à part entière.
Le tirage à 350 exemplaires seulement, la fragilité du brochage et la dispersion fréquente des volumes rendent la série complète peu commune sur le marché ; les exemplaires conservés brochés, dans leurs couvertures d'origine, y sont recherchés au même titre que ceux revêtus par la suite de reliures de maîtres.
Charles Nodier (1780–1844), écrivain, lexicographe et bibliophile, fut nommé bibliothécaire de l'Arsenal en 1824 ; son salon y devint le premier foyer du romantisme français, fréquenté par Hugo, Vigny, Sainte-Beuve et Dumas.
Auteur de contes fantastiques (Trilby, 1822 ; La Fée aux miettes, 1832) et d'écrits bibliographiques qui firent autorité (Mélanges tirés d'une petite bibliothèque, 1829 ; Description raisonnée d'une jolie collection de livres, 1844), il fut élu à l'Académie française en 1833.
Le Bibliomane, paru en 1831, tient à la fois de la satire et de l'aveu : nul n'était mieux placé que Nodier pour peindre la passion qui tue.