Les Mannequins, conte ou histoire comme l’on voudra est une satire politique à clef, publiée anonymement sous la fausse adresse « À Ispahan » et attribuée au comte de Provence, frère cadet de Louis XVI et futur Louis XVIII. Sous le voile d’un apologue oriental, l’auteur y raille Turgot, contrôleur général des Finances, et le cercle des économistes physiocrates, dont l’administration centralisatrice est comparée à un peuple de mannequins mus par une impulsion étrangère — la clef donnant la France pour « Perse », Paris pour « Ispahan » et Louis XVI pour « le Sophy ». Dans la trajectoire de l’auteur, ce pamphlet compte parmi les rares incursions littéraires du prince, composé au moment où, âgé d’une vingtaine d’années, il s’affirme dans les intrigues de cour, à la veille du renvoi de Turgot (mai 1776). Dans l’arc historique du genre, l’ouvrage prolonge la veine du conte persan à clef inaugurée par les Lettres persanes de Montesquieu (1721), où la Perse sert de miroir critique à la France ; il alimente à son tour la littérature pamphlétaire anti-physiocratique et sera remanié en 1801 par Soulavie sous le titre Le Songe de Maurepas ou les Machines du Gouvernement français.
« L'auteur suppose que tout est mannequin dans le monde, c'est-à-dire, suit involontairement une impulsion étrangère. Le Roi, suivant lui, est le premier des mannequins […] Pour rendre son ouvrage plus intéressant, l'écrivain transforme le système économique en un monstre, qu'il anime et qu'il représente avec tous les attributs qui peuvent le rendre odieux ou ridicules. »
Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France (dits de Bachaumont), tome IX, 1777, pp. 175-176.
| Auteur | Anonyme — attribué au comte de Provence, futur Louis XVIII (Louis-Stanislas-Xavier de France, 1755-1824) |
|---|---|
| Date & Lieu | À Ispahan [adresse fictive ; lieu réel : Paris] — sans date [1777] |
| Format | In-12, 74 pp. |
| Reliure | Plein veau de l'époque, triple filet doré d'encadrement sur les plats, dos lisse orné, titre et fleurons dorés |
| État | Reliure de l'époque, plein veau, triple filet doré, dos orné ; ensemble « du temps de l'auteur »intérieur frais , quelques manque en bas du plar arriere, micro fissure au mors. |
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Les Mannequins est l'un des pamphlets politiques les plus célèbres du règne de Louis XVI.
Le texte circule d'abord manuscrit en 1776, l'année même du renvoi de Turgot (22 mai), contrôleur général des Finances, dont les réformes libérales avaient dressé contre lui la Cour et les privilégiés.
Il est publié par Mettra dans les livraisons des 8 et 15 juin 1776 de la Correspondance littéraire secrète, puis paraît séparément l'année suivante sous la fausse adresse « À Ispahan », toujours anonyme.
La tradition bibliographique (Barbier, la Bibliographie du genre romanesque français) l'attribue au comte de Provence, frère du roi et futur Louis XVIII.
Sous l'habit du conte oriental à clef, l'auteur transpose la France en Perse : « Ispahan » désigne Paris, « le Sophy » Louis XVI, « Alibeg » Maurepas, et les « mannequins » figurent Turgot et les économistes physiocrates, dont le système centralisateur est tourné en dérision chaque personnage y suivant, tel un pantin, une impulsion venue d'ailleurs.
Le succès du pamphlet fut durable : en 1801, dans ses Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, Soulavie en donnera une version remaniée sous le titre Le Songe de Maurepas ou les Machines du Gouvernement français.
L'ouvrage prolonge la tradition satirique du conte persan illustrée par les Lettres persanes de Montesquieu et s'inscrit dans la vaste littérature clandestine hostile à la physiocratie.
Sa charge contre l'expert et l'administration centralisée, comme sa méditation sur les volontés que meut à leur insu une impulsion étrangère, lui prêtent une singulière actualité sans qu'on oublie qu'elle procède non d'une critique réformatrice, mais de la réaction des intérêts établis contre un ministre qui entendait libéraliser le royaume.
Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence (1755-1824), petit-fils de Louis XV et frère cadet de Louis XVI, était réputé pour son goût des lettres et son esprit caustique.
Avant de régner, il se tint aux marges du pouvoir, mêlé aux intrigues de cour ; on lui attribue plusieurs écrits politiques anonymes, dont Les Mannequins.
Émigré dès 1791 durant la Révolution, il prit le titre de régent puis de roi à la mort de Louis XVII, et monta effectivement sur le trône sous le nom de Louis XVIII à la Restauration (1814-1815, puis 1815-1824).
Son règne consacra le retour de la monarchie constitutionnelle après l'Empire.