Récit de voyage à travers le Midi méditerranéen — Arles, la Camargue, Marseille, la Côte — La Terre frottée d’ail réunit la prose vive et sensuelle de Gustave Coquiot et soixante-dix-sept dessins inédits de Raoul Dufy, publiés dans la collection « L’Invitation au voyage » d’André Delpeuch.
Dans la trajectoire de l’auteur, critique d’art proche de Rodin et biographe de Toulouse-Lautrec, de Cézanne, de Van Gogh (1923) et de Seurat (1924), l’ouvrage compte parmi ses derniers livres et transpose au paysage son regard de chroniqueur des peintres : on y retrouve l’Arles de Van Gogh, dont le souvenir est explicitement invoqué dans l’un des dessins. Dans l’arc du livre de peintre, il prend place entre Le Bestiaire d’Apollinaire (1911), où Dufy avait fait ses débuts d’illustrateur par la gravure sur bois, et son Tartarin de Tarascon (1937), autre grande célébration graphique du Midi ; le trait de plume rapide, elliptique et lumineux qu’il déploie ici est celui qui fera sa renommée. Exemplaire en reliure d’art signée Suzanne Buissonnet.
« mais mon plaisir, à moi, c'est Arles vue du pont de Trinquetaille »
Gustave Coquiot, La Terre frottée d'ail, Paris, André Delpeuch, 1925, p. 48 (relevé sur le présent exemplaire).
| Auteur | Gustave Coquiot |
|---|---|
| Illustrateur | Raoul Dufy |
| Date & Lieu | Paris — 1925 |
| Imprimeur | André Delpeuch, éditeur, 51 rue de Babylone, Paris VIIe — collection « L'Invitation au voyage » |
| Format | In-8 (env. 20 × 14 cm), 264 pp. ; 77 dessins inédits de Raoul Dufy reproduits au trait, dans le texte et hors texte. Titre orné d'une rose des vents. |
| Tirage | Exemplaire sans justification de tirage |
| Reliure | Reliure d'art signée Suzanne Buissonnet : plein maroquin orangé à grain, plats nus d'une grande sobriété ; tête dorée, tranchefiles brodées polychromes, tranches latérale et inférieure non rognées ; gardes en papier décoré à la main, à projections polychromes rouge, jaune, gris et noir, faisant écho à la palette méditerranéenne de Dufy. |
| Poids | 0.640Kg |
| État | Très bon état. Reliure sans défaut. Intérieur frais, papier légèrement teinté, sans rousseurs. |
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Au milieu des années 1920, le livre de voyage illustré connaît un vif essor éditorial : les collections se multiplient, associant un écrivain et un peintre autour d'une région ou d'une ville.
C'est dans ce contexte qu'André Delpeuch lance sa collection « L'Invitation au voyage », dont le titre baudelairien annonce la tonalité, plus poétique que documentaire.
La Terre frottée d'ail y paraît en 1925. Coquiot y parcourt le Midi avec l'œil d'un critique d'art : il s'attarde à Arles, sur le pont de Trinquetaille et le long du Rhône, évoque la lumière, les couleurs, les foules populaires et les quartiers chauds de Marseille.
Raoul Dufy, installé dans la lumière méditerranéenne depuis le début de la décennie, accompagne le texte d'une suite de dessins à la plume dont plusieurs originaux sont aujourd'hui documentés dans les ventes publiques. L'amitié entre les deux hommes est bien attestée : Dufy fit en 1924 plusieurs portraits de Coquiot, dont l'un est conservé au Centre Pompidou, et leur correspondance de 1925–1926 évoque l'avancement du livre, son succès et sa réception critique.
Dans l'un des dessins reproduits, une dédicace manuscrite à Coquiot invoque le souvenir de Van Gogh clin d'œil au biographe du peintre et à l'Arles qu'il avait peinte. Coquiot mourut l'année suivante, en 1926, faisant de ce livre l'un des derniers témoignages de leur collaboration.
Gustave Coquiot (1865–1926), critique et historien d'art, fut l'un des témoins les plus engagés de la scène artistique parisienne de la Belle Époque et de l'entre-deux-guerres.
Familier de Rodin, auquel il consacra Le Vrai Rodin (1913), il publia des monographies sur Toulouse-Lautrec, Cézanne, Vincent van Gogh (1923), Seurat (1924), ainsi que des essais sur l'art moderne comme Cubistes, futuristes, passéistes (1914).
Collectionneur, il fut proche de nombreux peintres, dont Raoul Dufy.
Raoul Dufy (Le Havre, 1877 – Forcalquier, 1953), peintre, graveur, céramiste et décorateur, passa du fauvisme à un style personnel fondé sur la dissociation du trait et de la couleur.
Illustrateur du Bestiaire d'Apollinaire (1911), il travailla également pour les tissus Bianchini-Férier et réalisa la monumentale Fée Électricité pour l'Exposition internationale de 1937.