Adaptation en prose moderne du grand cycle animalier du Moyen Âge, Le Roman de Renart de Paul Tuffrau paraît en 1942 à L’Artisan du Livre, orné de vignettes et lettrines gravées sur bois tirées en bistre et de quatre bois hors texte en couleurs par Lucien Boucher. Dans la trajectoire de Tuffrau, normalien et professeur, l’ouvrage prolonge son travail de « renouvellement » des textes médiévaux, inauguré avec La Légende de Guillaume d’Orange (1920) et poursuivi avec Raoul de Cambrai (L’Artisan du Livre, 1924). Dans l’arc plus long de la réception du Renart, cette version nouvelle s’inscrit dans la lignée des éditions et adaptations du XIXe siècle — l’édition princeps de Méon (1826), puis les Aventures de maître Renart et d’Ysengrin de Paulin Paris (1861) — et précède l’édition critique de Mario Roques, qui renouvellera l’étude savante du texte après-guerre. Imprimé à Chartres, ville natale de l’illustrateur, l’ouvrage est un bel exemple de bibliophilie sous l’Occupation. L’exemplaire n° 16, l’un des 35 de tête sur Hollande Van Gelder, comprend la suite des 73 bois sur Chine ainsi que le dessin original préparatoire de l’une des vignettes, et se présente sous une reliure de la Grenobloise Suzanne Buissonnet en maroquin décoré d’une tête de goupil dorée, provenant de la famille de la relieuse.
| Auteur | Paul Tuffrau (1887–1973), d'après le Roman de Renart (XIIe–XIIIe siècles) |
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| Illustrateur | Lucien Boucher (1889–1971) — vignettes et lettrines gravées sur bois tirées en bistre, quatre bois hors texte en quatre couleurs |
| Date & Lieu | Paris — 1942 (achevé d'imprimer à Chartres le 12 février 1942) |
| Imprimeur | L'Artisan du Livre (Elvire Choureau). Texte imprimé par l'Imprimerie Durand, Chartres ; bois hors texte en couleurs tirés sur les presses de Mourlot frères, Paris. Marque typographique « Bona Fide » à la justification. |
| Format | Grand in-8 (25 × 18,5 cm). Collation de l'exemplaire : 1 f. de faux-titre, 1 f. de titre, préface de Paul Tuffrau (pp. VII-VIII, signée et datée « Paris, 10 octobre 1941 »), prologue (3 pp.) ; texte jusqu'à la p. 167, dont le verso porte la formule finale du récit (« Ici s'arrêtait dans le livre l'histoire de Renart ») ; 1 f. de justification et d'achevé d'imprimer, à la marque « Bona Fide » ; puis la suite des 73 bois originaux sur Chine, sous faux-titre imprimé propre, la planche des lettrines en dernière page. Quatre bois hors texte en couleurs dans le texte ; dessin original contrecollé sur feuillet. |
| Tirage | Tirage limité à 600 exemplaires numérotés, plus 30 hors commerce : ). Exemplaire n° 16, l'un des 35 de tête sur Hollande Van Gelder, complet de ses deux enrichissements : |
| Reliure | Plein maroquin brun-rouge à gros grain naturel, premier plat orné d'une tête de Renart vue de face, au regard oblique et rusé, entièrement composée de courts traits dorés rayonnants qui figurent le pelage, yeux pointés de noir ; dos à cinq nerfs, tête dorée; contreplats doublés de daim havane portant en pied un petit fer doré à l'oiseau ; gardes de papier marbré polychrome. Reliure de Suzanne Buissonnet (S. Buissonnet), relieuse d'art grenobloise, signée de son fer à l'oiseau doré en pied de la doublure. |
| État | Très bon état. Reliure fraîche, légers frottements en tête et en queue du dos et aux coins avec petit manque. Intérieur frais, sur beau papier de Hollande à grandes marges. Suite sur Chine fraîche, au tirage net et contrasté ; dessin original contrecollé en bon état. |
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Le Roman de Renart n'est pas une œuvre unique mais un ensemble de récits indépendants, les « branches », composés en octosyllabes par des auteurs divers entre les années 1170 et le milieu du XIIIe siècle ; Pierre de Saint-Cloud en signe l'une des plus anciennes, dans le sillage de l'Ysengrimus latin attribué à Nivard de Gand.
Le succès du goupil fut tel que son nom propre, Renart, supplanta en français le mot ancien. Redécouvert par l'érudition romantique Méon en donne la première édition intégrale en 1826 le cycle fut rendu au grand public par Paulin Paris en 1861, puis édité scientifiquement par Ernest Martin.
La « version nouvelle » de Paul Tuffrau poursuit cette entreprise de transmission : elle ordonne les branches en un récit continu, dans une prose claire qui conserve la saveur du vieux texte.
L'édition de 1942, dont Tuffrau date la préface du 10 octobre 1941, paraît en pleine Occupation, dans un contexte de pénurie de papier qui n'empêcha pas une bibliophilie active.
Elle confie l'illustration à Lucien Boucher, natif de Chartres, dont l'art puise dans l'imagerie populaire et le souvenir des vitraux de la cathédrale : vignettes et lettrines tirées en bistre dans le texte, quatre planches en couleurs sorties des presses de Mourlot.
L'impression chartraine du livre, par l'Imprimerie Durand, rattache ainsi l'ouvrage à la ville de son illustrateur, où Tuffrau lui-même avait enseigné.
Paul Tuffrau (1887–1973), élève du lycée Louis-le-Grand puis de l'École normale supérieure (promotion 1908), servit comme officier pendant la Grande Guerre, dont il tint des carnets publiés à titre posthume.
Professeur au lycée de Chartres, puis à Louis-le-Grand et à l'École polytechnique, il se consacra parallèlement au « renouvellement » des textes médiévaux pour le lecteur moderne : La Légende de Guillaume d'Orange (1920), Raoul de Cambrai (1924), Le Roman de Renart. Il était commandeur de la Légion d'honneur.
Lucien Boucher (Chartres, 1889 – Paris, 1971), diplômé de l'École de céramique de Sèvres, débuta comme caricaturiste au Rire avant d'exposer au Salon d'Automne à partir de 1921.
Graveur sur bois, lithographe, affichiste, il est surtout connu pour les planisphères et affiches qu'il dessina pour Air France à partir de 1935.
Il illustra notamment Clochemerle de Gabriel Chevallier (1936).