Chef-d’œuvre de la littérature ésotérique française du XVIIᵉ siècle, Le Comte de Gabalis met en scène un mystérieux initié qui dévoile à son interlocuteur les secrets de la Cabale, de la Rose-Croix et des esprits élémentaires — sylphes, gnomes, ondines et salamandres. Publié anonymement en 1670, il est attribué à l’abbé de Montfaucon de Villars, dont il constitue l’unique incursion dans la littérature hermétique, le reste de sa production relevant de la critique et de la morale mondaine. Il prolonge en amont la théorie paracelsienne des êtres élémentaires et les manifestes rosicruciens (Fama Fraternitatis, 1614 ; Confessio, 1615), et nourrira en aval les sylphes d’Alexander Pope dans The Rape of the Lock (1714) puis La Rôtisserie de la Reine Pédauque d’Anatole France (1893). L’exemplaire réunit les deux textes en un volume : l’édition hollandaise à la sphère, sous l’adresse fictive « À Cologne, chez Pierre Marteau », augmentée de la Lettre à Monseigneur *** et de sa Réponse, deux pièces de la querelle écrites du vivant de l’auteur ; puis La Suite du Comte de Gabalis, « ouvrage posthume », publiée à Amsterdam par Pierre Mortier. Le tout est conservé dans sa reliure d’époque au dos richement orné, et une main ancienne a porté sur le titre l’attribution « Par l’abbé de Villars ».
« Ce n'est pas que je ne croye que le Comte de Gabalis aura mille fois plus de vogue si on le défend que si on luy laissoit son sort. »
« Réponse à la lettre de Monsieur *** », dans Comte de Gabalis, ou Entretiens sur les sciences secretes, Cologne, Pierre Marteau, s.d., p. 155 (relevé sur le présent exemplaire).
| Auteur | Nicolas-Pierre-Henri de Montfaucon de Villars, abbé de Villars (attribué — ouvrage paru anonymement ; l'attribution de la Suite posthume demeure incertaine) |
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| Date & Lieu | Sans date |
| Imprimeur | Pierre Marteau (adresse fictive ; imprimeur réel non identifié) ; Pierre Mortier, Amsterdam pour la Suite |
| Format | In-12, deux parties en un volume : (2), 3-155, (1) pp. — les cinq entretiens, suivis de la « Lettre à Monseigneur *** » (pp. 140-144) et de la « Réponse à la lettre de Monsieur *** » (pp. 144-155), pièces annoncées au titre ; puis La Suite du Comte de Gabalis, avec page de titre propre, 150 pp. (pagination de 1 à 150, titre compris). Premier titre imprimé en rouge et noir, orné d'une sphère armillaire, avec épigraphe de Tertullien (Adversus Valentinianos). |
| Reliure | Plein cuir d'époque, dos à cinq nerfs, caissons richement ornés, pièce de titre en maroquin rouge, titre doré |
| État | Intérieur frais legerement jaunie . Reliure d'époque, caissons et pièce de titre en bon état. Annotations manuscrites anciennes en page de titre et sur la garde en regard, petite fente aux mors avant |
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Paru en 1670 à Paris, chez Claude Barbin, Le Comte de Gabalis fit sensation : sous couvert de condamner la Cabale et la Rose-Croix, l'abbé de Villars en exposait les doctrines avec un brio qui lui valut d'être interdit de chaire. Une légende tenace, reprise par Gérard de Nerval dans Les Illuminés, veut que le livre lui ait coûté la vie : il fut assassiné sur la route de Lyon en 1673.
L'ouvrage fut aussitôt réimprimé en Hollande sous la célèbre adresse fictive « À Cologne, chez Pierre Marteau », libraire imaginaire servant à couvrir les textes que la censure française n'eût pas tolérés ; plusieurs impressions sans date se succèdent sous cette rubrique, de collations différentes.
Ces éditions sont « renouvellées & augmentées d'une Lettre sur ce sujet » : une lettre à Monseigneur ***, puis une réponse à Monsieur ***, écrites selon toute vraisemblance peu après la première parution, du vivant de l'auteur.
L'auteur de la réponse se dit lié à « l'Abé de Villars », qu'il désigne comme l'auteur du livre ; il rapporte qu'on parle déjà de censurer les Entretiens, qu'on attend avec impatience leur second volume, et raille un conseiller crédule qui espère « de nouveaux secrets ».
Les correspondants demeurent masqués sous des astérisques.
L'épigraphe du titre (« Quod tanto impendio absconditur, etiam solummodo demonstrare, destruere est ») et la formule citée vers la fin de la lettre (« Convenit veritati ridere, quia laetans ») sont empruntées au même traité de Tertullien, l'Adversus Valentinianos, où l'apologiste ridiculise les gnostiques en exposant leurs doctrines secrètes : le volume revendique ainsi, du titre aux dernières pages, une lecture satirique de l'ouvrage.
Au début du XVIIIᵉ siècle paraît à Amsterdam, présentée comme « ouvrage posthume », La Suite du Comte de Gabalis, dont les nouveaux entretiens portent sur la « nouvelle philosophie » cartésienne et l'aristotélisme ; elle est attestée dès 1708 chez Estienne Roger.
Les libraires hollandais prirent l'habitude de diffuser les deux textes ensemble : la présente réunion de l'édition Marteau et de la Suite publiée par Pierre Mortier, l'un des grands libraires d'Amsterdam, témoigne de cette circulation du texte dans le réseau éditorial des Provinces-Unies. D'autres éditions combinées suivront, chez Pierre de Coup (1715) puis à Londres (1742), augmentées des Génies assistants et gnomes irréconciliables.
Nicolas-Pierre-Henri de Montfaucon de Villars (1635–1673) fut abbé, prédicateur et homme de lettres, né dans le Languedoc.
Ses autres publications relèvent de la morale mondaine et de la critique littéraire. Le Comte de Gabalis (1670) demeure son unique incursion dans la littérature hermétique et son œuvre la plus durable.
Il mourut assassiné en 1673, dans des circonstances restées obscures, sur la route de Paris à Lyon.
La Suite parue sous son nom au début du XVIIIᵉ siècle lui est attribuée sans certitude.