Paru à Paris chez J. G. Dentu en 1811, quelques mois après l’Itinéraire de Paris à Jérusalem, cet Itinéraire de Pantin au Mont Calvaire en offre la parodie : le pèlerinage en Orient devient une promenade à travers la rue Mouffetard, les faubourgs, les quais et les Champs-Élysées, jusqu’au mont Calvaire et retour par Saint-Cloud et Chaillot. Le sous-titre, Lettres inédites de Chactas à Atala, convoque les héros d’Atala (1801) ; l’ouvrage, « écrit en style brillant », se dit traduit « du bas-breton sur la neuvième édition », trait dirigé contre les origines bretonnes de Chateaubriand. Son auteur, le polygraphe René Perin, signe « M. de Chateauterne » ; dramaturge et biographe de Lannes, il s’essaie ici au pastiche. L’ouvrage appartient à la vague de brochures qui accueillit l’Itinéraire et précède de peu l’Itinéraire de Lutèce au Mont-Valérien de Cadet de Gassicourt, que Chateaubriand lui-même désignait comme l’auteur de ces parodies. Le présent exemplaire, en édition originale, est complet de l’extrait de catalogue de Dentu, dans une demi-basane caramel à coins à tête dorée.
| Auteur | René Perin (1774-1858), sous le pseudonyme de « M. de Chateauterne » (formes du nom : Perin, Périn, Perrin ; René Biborium de Chateauterne) |
|---|---|
| Date & Lieu | Paris — 1811 (édition originale ; la mention « traduit pour la première fois du bas-breton sur la neuvième édition » relève de la parodie) |
| Imprimeur | J. G. [Jean-Gabriel] Dentu, imprimeur-libraire, rue du Pont de Lodi, n° 3, près le Pont-Neuf, Paris ; dépôt au Palais-Royal, galeries de bois, nᵒˢ 265 et 266 (d'après l'annonce au verso du faux-titre) |
| Format | In-8 (20 × 13 cm) : faux-titre (au verso, annonce de Dentu pour son Moyen de parvenir en littérature, ou Mémoire à consulter sur une question de propriété littéraire, dirigé contre Malte-Brun), titre, XIII pp. (« Observation essentielle du traducteur », « Déclaration authentique du traducteur », préface), 220 pp. (dont une « Dissertation sur l'étendue de l'ancien mont Valérien et de son temple » et un tableau des distances), « FIN » p. 220 ; pp. 221-236 : extrait du catalogue des livres vendus chez Dentu (relevé sur le présent exemplaire). Épigraphe au titre : « Une parodie n'ôte rien au mérite qu'un ouvrage peut avoir. » Exemplaire complet, conforme à la collation de référence ([2] ff., XIII-236 pp.). |
| Tirage | 1 500 exemplaires, d'après le registre des déclarations de l'éditeur Dentu (28 août 1811), cité par la Librairie du Cardinal. |
| Reliure | Demi-basane caramel à coins, dos lisse orné de fleurons dorés en forme de vase, de frises et de filets dorés, auteur et titre dorés à même le dos (« M. de Chateauterne — Itinéraire de Pantin au Mont Calvaire »), date « 1811 » en pied ; plats de papier marbré ; tête dorée. Reliure postérieure dans le goût Empire, l'ouvrage ayant vraisemblablement paru broché (couvertures non conservées). |
| État | Traces d'usage aux coiffes et aux coins, sans dommage. Quelques rousseurs éparses. Exemplaire complet, avec le catalogue de l'éditeur. |
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Publié en février 1811, peu après l'élection de Chateaubriand à l'Académie française, l'Itinéraire de Paris à Jérusalem relate le voyage accompli en 1806-1807 en Grèce, en Asie Mineure, en Palestine et en Égypte.
L'accueil de la presse fut dans l'ensemble élogieux, mais le livre prêtait le flanc à la satire.
Les pamphlets se multiplièrent ; parmi eux, l'Itinéraire de Pantin au Mont Calvaire transpose l'épopée du pèlerin dans la topographie familière de Paris et de sa banlieue et emprunte à Atala la figure de Chactas, devenu épistolier.
Perin singe aussi l'appareil érudit du voyageur : une « Déclaration authentique du traducteur » avertit que les phrases entre guillemets sont tirées d'ouvrages « dans les mains de tout le monde », c'est-à-dire de Chateaubriand lui-même ; une dissertation sur le mont Valérien et un tableau des distances en myriamètres complètent la parodie.
Son éditeur, Jean-Gabriel Dentu, alors en polémique avec le géographe Malte-Brun, qu'il accusait de plagiat, annonce au verso du faux-titre son pamphlet Moyen de parvenir en littérature : la « paire de ciseaux » de la préface semble faire écho à cette querelle.
Peu après, Charles-Louis Cadet de Gassicourt joignit à son Saint-Géran, ou la Nouvelle Langue française un Itinéraire de Lutèce au Mont-Valérien, commenté par Hoffman dans le Journal de l'Empire ; dans une lettre à la duchesse de Duras de juin 1812, Chateaubriand se plaint de ces parodies et en nomme l'auteur.
Le style de Chateaubriand était devenu un objet de pastiche.
Voir aussi au catalogue Re-Bis
Chateaubriand — Génie du christianisme (Paris, Gabriel Roux, 1854) — l'ouvrage dans lequel fut repris Atala (1801), dont Chactas est le narrateur. (slug : chateaubriand-genie-du-christianisme-gabriel-roux-1854)
René Perin (Paris, 1er novembre 1774 – Paris, 8 mai 1858), éditeur et homme de lettres, traducteur de l'anglais, fut un polygraphe abondant : la BnF lui attribue près d'une centaine d'œuvres textuelles.
Il écrivit pour le théâtre (Héléonor de Portugal, 1807 ; Sophie, ou la Nouvelle Cendrillon, 1810 ; La Laitière de Montfermeil, 1827), publia une Vie militaire de J. Lannes, maréchal de l'Empire, duc de Montebello (1809) et usa de plusieurs pseudonymes, dont celui de René Biborium de Chateauterne.