Publié en 1891 à l’âge de vingt-deux ans, ce « grand œuvre » d’Albert Poisson demeure la synthèse la plus lue de la doctrine alchimique paracelsienne, destinée à rendre intelligible au lecteur moderne le langage crypté des philosophes hermétiques. Dans la trajectoire de l’auteur, l’ouvrage couronne une entreprise commencée l’année précédente avec la traduction des Cinq traités d’alchimie des plus grands philosophes (Paracelse, Albert le Grand, Roger Bacon, Lulle, Arnaud de Villeneuve, 1890) et se referme prématurément avec sa mort en 1894 : c’est le testament intellectuel d’un « romantique érudit » qui pratiquait lui-même le Grand Œuvre en laboratoire. Dans l’arc historique de la discipline, le livre prolonge le mouvement de vulgarisation ésotérique impulsé par Éliphas Lévi puis par Papus, dont Poisson fut le compagnon au sein de l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix ; il inspirera à son tour la génération suivante des néo alchimistes français, François Jollivet-Castelot lui dédiant en hommage explicite son propre traité, Comment on devient alchimiste. Best-seller discret de la littérature hermétique, l’ouvrage n’a cessé d’être réédité depuis.
« Il est facile de dédaigner une chose que l'on n'entend pas... Les traités hermétiques sont obscurs, il est vrai, mais, sous cette obscurité, se cache la lumière. Une fois la théorie alchimique connue, possédant la clef des principaux symboles, vous pouvez hardiment entreprendre la lecture de Raymond Lulle, Paracelse, Bernard le Trévisan, Flamel, Roger Bacon, Philalèthe. »
Poisson (Albert), Théories et symboles des alchimistes : le grand œuvre, Paris, Bibliothèque Chacornac, 1891, Avant-propos.
| Auteur | Albert Poisson |
|---|---|
| Illustrateur | ouvrage orné de 15 planches représentant 42 figures, gravures d'après les traités alchimiques originaux |
| Date & Lieu | Paris — 1891 |
| Imprimeur | Bibliothèque Chacornac |
| Format | In-12, XII + 184 pp. (18,5 × 15 cm.) |
| Tirage | Édition originale (BN — 8° R. 10679) |
| Reliure | Demi cuir à coins raciné d'époque, dos à cinq nerfs, titre doré. Couverture, quatrième de couverture ,dos non conservés . Epidermure coin haut plat avant, fente aux mors haut avant arrière intérieur légèrement jauni. |
| Poids | 0.500Kg |
| État | Epidermure coin haut plat avant, fente aux mors haut avant arrière intérieur légèrement jauni. |
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Paru en 1891 à la Bibliothèque Chacornac, dans la « Collection d'ouvrages relatifs aux sciences hermétiques », Théories et symboles des alchimistes s'impose d'emblée comme le manuel de référence pour aborder la littérature alchimique occidentale — Paracelse, Raymond Lulle, Bernard le Trévisan, Nicolas Flamel, Roger Bacon, Philalèthe — dont Poisson entend livrer « la clef des principaux symboles » à un lectorat qui n'est plus celui des laboratoires princiers mais celui, nouveau, des cercles occultistes fin-de-siècle.
L'ouvrage s'inscrit dans le sillage de la renaissance ésotérique impulsée par Éliphas Lévi (1810–1875) et relayée dans les années 1880-1890 par Papus (Gérard Encausse), auprès duquel Poisson évolue, initié au martinisme et à l'Ordre kabbalistique de la Rose-Croix fondé par Guaita et Péladan en 1888.
À la différence de nombre de ses contemporains occultistes, Poisson pratiquait lui-même les manipulations spagiriques — veillant, dit-on, ses nuits au fourneau rue Saint-Denis — ce qui confère à son exposé théorique une dimension d'expérience directe rare dans la littérature du genre. Suivi d'un essai de bibliographie alchimique du XIXe siècle, le livre fixe également un état des lieux précieux de la production ésotérique de son temps.
Sa fortune éditoriale — rééditions chez Éditions Traditionnelles tout au long du XXe siècle — et l'hommage que lui rendit Jollivet-Castelot en lui dédiant Comment on devient alchimiste attestent de l'influence durable exercée par ce texte sur le courant néo alchimique français.
Antoine Léon Albert Poisson naît le 25 septembre 1868 dans le 2ᵉ arrondissement de Paris, fils d'Étienne Léon Poisson et d'Anne Gardon, tous deux tabletiers.
En 1888, il entreprend des études de médecine, mais c'est à l'alchimie qu'il consacre toute son énergie de jeune érudit.
Le témoignage laissé par ses contemporains le décrit enveloppé d'une longue houppelande bleue, le visage émacié, passant la majeure partie de ses nuits à veiller au fourneau dans sa chambre de la rue Saint-Denis à Paris — image romantique d'un « jeune adepte » qui pratiquait en laboratoire les opérations qu'il décrivait dans ses livres.
Il fréquente les milieux occultistes parisiens de la fin du siècle, est initié au martinisme et à l'Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, et compte parmi les proches de Papus (Gérard Encausse), figure centrale du renouveau occultiste français.
Sa production, bien que concentrée sur moins de cinq années, est considérable : en 1890, il fait paraître à la Bibliothèque Chacornac les Cinq traités d'alchimie des plus grands philosophes (Paracelse, Albert le Grand, Roger Bacon, Raymond Lulle, Arnaud de Villeneuve), précédés de la Table d'Émeraude. L'année suivante, en 1891, il publie à vingt-deux ans son ouvrage principal, Théories et symboles des alchimistes : le grand œuvre, suivi d'un essai sur la bibliographie alchimique du XIXe siècle — texte qui s'imposera comme la porte d'entrée classique à la lecture des traités hermétiques.
Il traduit et commente également la Lettre sur les prodiges de la nature et de l'art de Roger Bacon ainsi que le Livre des feux de Marcus Graecus (paru dans la Revue Scientifique, avril 1891), et rédige une étude sur les essais de Jean Rey.
De retour du service militaire, Albert Poisson contracte une fièvre typhoïde qui dégénère en tuberculose. Il meurt le 27 juin 1894, chez ses parents, rue Saint-Denis, à l'âge de vingt-cinq ans, sans avoir jamais interrompu ses recherches. Une partie de son œuvre est publiée à titre posthume, notamment L'Initiation alchimique (treize lettres inédites sur la pratique du Grand Œuvre), Paris, Édition de l'Initiation, 1900. Malgré une carrière fauchée dans sa jeunesse et des imprécisions que la postérité lui a parfois reprochées, Albert Poisson reste une figure incontournable — quoique discrète — de la littérature alchimique française, et son Théories et symboles n'a cessé d'être réédité depuis 1891, notamment par les Éditions Traditionnelles, successeurs de Chacornac.