Première édition lyonnaise, deux ans après l’originale parisienne de 1541, du célèbre traité du duel d’Andrea Alciato, fondateur de l’humanisme juridique. Sortie des presses des frères Jean et François Frellon, à l’enseigne de l’Écu de Cologne, elle porte au titre leur belle marque emblématique au crabe retenant un papillon, avec la devise MATURA — variation sur le festina lente, hommage discret au créateur du genre de l’emblème. Le traité — composé à Avignon et dédié à François Ier par une épître datée du 1er mars 1529, un an après le défi lancé par le roi à Charles Quint — est suivi du Consilium in materia duelli tiré du cinquième livre des Responsa. Alciato y examine en juriste et en humaniste la légitimité du combat singulier, au moment même où le duel d’honneur enflamme les cours d’Europe. Exemplaire complet, avec ex-libris manuscrits anciens.
En pleine Renaissance, alors que les rois se défient en champ clos et que la noblesse d’Europe s’entre-tue pour l’honneur, le plus grand juriste de son temps prend la plume. Composé à Avignon et dédié à François Ier au lendemain même du défi lancé au futur Charles Quint, ce traité remonte aux origines du duel — mot né, explique Alciato, de la simple transformation de bellum, la guerre entre deux hommes plutôt qu’entre deux peuples.
Qui a inventé le combat singulier ? Quelles armes sont permises, quel jour, sous quelles cautions ? Un roi peut-il provoquer un empereur ? Un procureur peut-il se battre à la place d’un accusé ? Que faire du vaincu, du prisonnier qui a donné sa parole, du vainqueur qu’on ramène en triomphe ? Chapitre après chapitre, jusqu’au sort réservé à celui qui a menti sous serment et ne peut plus défendre son honneur que les armes à la main, Alciato interroge le droit romain, les usages germaniques et la coutume de son temps pour dire ce qui, dans le duel, relève encore de la justice — et ce qui n’est que violence maquillée en vertu.
Suivi d’un second texte, le Consilium in materia duelli, avis juridique concret tiré de ses propres consultations, où le théoricien se fait praticien face à un cas réel.
Un document rare et saisissant sur l’un des usages les plus troublants, par la plume qui a inventé l’humanisme juridique.
« Andrea Alciato a renouvelé en profondeur l'interprétation du droit romain en y appliquant les méthodes de la critique philologique, inaugurant ce que l'on appellera le mos gallicus iura docendi. »
Pierre-Étienne Viard, André Alciat (1492–1550), Paris, Sirey, 1926.
| Auteur | Andrea Alciato (Alciati) |
|---|---|
| Date & Lieu | Lyon (Lugduni), « sub scuto Coloniensi » [à l'Écu de Cologne], 1543 — au colophon : excudebant Ioannes & Franciscus Frellonii, fratres |
| Imprimeur | émission à la marque des Frellon (crabe retenant un papillon, devise MATURA) ; une autre émission de la même édition porte l'adresse d'Antoine Vincent |
| Format | In-8 ; dimensions : 15,5 × 11 cm [8], 107, [5] p. ; signatures A-G⁸ H⁴ (blancs terminaux conservés) ; initiales gravées sur bois. Exemplaire collationné complet : liminaires avec épître dédicatoire et table des chapitres (« Arg. Capitum »), texte commençant en A5 ; feuillet blanc à l'articulation entre les deux textes (entre les p. 71 et 72) ; page de titre de division du Consilium in materia duelli bien présente. Épître dédicatoire : adressée à François Ier, datée d'Avignon, kalendes de mars 1529 (« Auinione Calen. Martijs M.D.XXIX ») — le traité fut composé et dédié au roi douze ans avant sa première impression. |
| Tirage | Baudrier, Bibliographie lyonnaise, V, p. 187 ; édition originale : Paris, Jacques Kerver, 1541 (BnF) |
| Reliure | Plein cuir fauve, reliure postérieure (probablement XVIIe-XVIIIe siècle). Plats lisses, frottements et épidermures d'usage. fissure aux mors du plat avant , l'ensemble reste homogéne. |
| Poids | 0.150Kg |
| État | Interieur frais bon état- Général (faible mouillure claire) |
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Le De singulari certamine est composé à Avignon, où Alciat enseigne alors le droit : l'épître dédicatoire à François Ier est datée du 1er mars 1529 (kalendes de mars), un an à peine après le défi en duel retentissant lancé par le roi de France à Charles Quint.
C'est à ce même François Ier, qui lui versait une pension et l'appellera bientôt à Bourges, qu'Alciat dédie ce traité du combat singulier.
L'ouvrage ne paraît toutefois que douze ans plus tard, à Paris chez Jacques Kerver en 1541, dans un contexte toujours brûlant : le duel d'honneur, héritier du duel judiciaire médiéval, fait l'objet d'un intense débat juridique, théologique et politique.
Alciato y applique sa méthode humaniste : remonter aux sources romaines et aux usages historiques du combat singulier pour en discuter la légitimité et les conditions, loin des seules gloses médiévales.
Le succès est immédiat et l'ouvrage est réimprimé dans toute l'Europe dès les années suivantes — Lyon (1543, 1545), Venise (1544).
L'édition lyonnaise de 1543 sort des presses de Jean et François Frellon, imprimeurs humanistes liés aux milieux érudits (et bientôt éditeurs des Icones de Holbein), à l'enseigne de l'Écu de Cologne.
Andrea Alciato (Milan, 1492 — Pavie, 1550) est un juriste et humaniste italien, universellement reconnu comme le fondateur de l'humanisme juridique (mos gallicus).
Formé à Milan, Pavie et Bologne, il enseigne le droit à Avignon puis à Bourges où il attire des étudiants de toute l'Europe avant de retourner en Italie, où il occupe des chaires à Pavie, Bologne et Ferrare.
Son œuvre juridique, considérable, applique pour la première fois les méthodes de la philologie humaniste à l'étude du droit romain.
Il est également le créateur du genre littéraire de l'emblème, par son Emblematum liber (1531), qui connaîtra une diffusion européenne immense.
Ses travaux — Paradoxa, Parergon iuris, De verborum significatione, De singulari certamine renouvellent profondément l'interprétation du Corpus iuris civilis et exercent une influence durable sur le droit européen.