Somme du gallicanisme juridique au siècle des Lumières, les Loix ecclésiastiques de France de Louis de Héricourt constituent la codification la plus accomplie du droit canonique conforme aux usages de l’Église gallicane. Réunissant en un fort volume in-folio les quatre parties du droit ecclésiastique — juridiction, bénéfices, choses saintes, biens d’Église — et une Analyse des principaux corpus canoniques depuis le Decretum de Gratien jusqu’aux Clémentines, l’ouvrage se distingue par la clarté de son plan et la rigueur de ses conférences entre le droit romain, les décrétales pontificales et la pratique française. Présent exemplaire, complet de toutes ses parties et tables, offre un intérieur très frais remarquable pour le format. Dans la trajectoire de Héricourt, cet ouvrage représente le couronnement d’une carrière entièrement consacrée à la systématisation du droit : il prolonge directement son travail antérieur sur L’Ancienne et nouvelle discipline de l’Église (1717) et s’inscrit dans le sillage des Lois civiles dans leur ordre naturel de Jean Domat (1689), dont Héricourt avait lui-même donné une édition augmentée. Dans l’arc du droit canonique français, l’ouvrage s’impose comme la référence incontournable entre les grandes compilations médiévales et le droit concordataire du XIXe siècle : Dupin le qualifiait de première autorité en la matière, et Mathieu Richard Henrion en tira encore, en 1828, son Code ecclésiastique français.
| Auteur | Louis de Héricourt (Louis de Héricourt du Vatier, 1687–1752) |
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| Illustrateur | Bandeaux et culs-de-lampe gravés sur bois, signés du monogramme V.LS — probablement Vincent Le Sueur (1668–1743), graveur réputé pour ses vignettes et fleurons, issu de la dynastie rouennaise des Le Sueur |
| Date & Lieu | Paris — 1748 |
| Imprimeur | Pierre Jean Mariette, rue Saint Jacques, aux Colonnes d'Hercule, Paris |
| Format | In-folio (40 × 26,5 cm environ), 2 tomes en 1 volume : (18) ff. n. ch., 412, 312 pp., (4) ff. n. ch., 160 pp., (28) ff. n. ch. Complet de toutes ses parties et tables après chaque partie. |
| Reliure | Plein cuir de l'époque, dos à cinq nerfs, titre et caissons orné |
| Poids | 4.285 Kg |
| État | Intérieur très frais, mouillure en mage basse en début d ouvrage, complet de toutes ses parties et tables. Reliure d'époque cohérente avec usures d'usage. quelques feuillets légèrement jauni, toute tranche rouge |
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L'édition de 1748, publiée chez Pierre Jean Mariette, s'inscrit dans la série des réimpressions successivement revues et augmentées que connut l'ouvrage depuis sa première parution en 1719 : 1721, 1730, 1743, puis cette édition, avant la troisième et ultime de 1771. Elle paraît au moment où le gallicanisme juridique atteint son apogée théorique, quelques années seulement avant que le mouvement des philosophes ne déplace les débats ecclésiologiques sur un terrain entièrement différent. L'ambition de Héricourt est double : mettre en ordre, selon la méthode rationnelle héritée de Domat, l'ensemble du droit ecclésiastique applicable en France, et confronter systématiquement ce corpus aux textes canoniques du droit universel — Décret de Gratien, Décrétales de Grégoire IX, Sexte de Boniface VIII, Clémentines — afin d'en dégager les points de convergence et les singularités gallicanes. Le résultat, salué par Dupin comme l'œuvre du « plus célèbre canoniste français », constitue un instrument de travail dont la clarté et la complétude demeurèrent sans équivalent jusqu'aux bouleversements concordataires du début du XIXe siècle. L'édition de 1748 est, comme le souligne le marché bibliographique, d'une relative rareté par rapport aux impressions antérieures et postérieures.
Le droit canonique tel que le codifie Héricourt n'est pas une curiosité historique sans lendemain.
Plusieurs de ses structures fondamentales ont survécu, parfois transformées, dans le droit contemporain.
Le mariage religieux, les règles de compétence des tribunaux ecclésiastiques pour les causes matrimoniales, la personnalité juridique des établissements d'Église, la notion de bénéfice — autant de catégories élaborées par les canonistes médiévaux et systématisées par Héricourt qui continuèrent d'irriguer le droit français jusqu'au Concordat de 1801, voire au-delà dans les départements d'Alsace Moselle, où le régime concordataire demeure en vigueur à ce jour.
Le Decretum de Gratien, dont l'Analyse occupe une large part du second tome de cet ouvrage, constitue quant à lui le socle de l'actuel Code de droit canonique promulgué par Jean-Paul II en 1983 : la hiérarchie des sources, la distinction entre for interne et for externe, et les principes de la juridiction épiscopale que Héricourt expose avec clarté y sont toujours reconnaissables.
Louis de Héricourt du Vatier (Soissons, 20 août 1687 – Thiais, 18 novembre 1752) mena une existence singulièrement diverse avant de s'imposer comme le premier canoniste de son temps.
Après une brève carrière militaire comme sous-ingénieur dans l'armée de Flandre, il entra successivement dans l'ordre de Saint-Benoît puis dans celui de l'Oratoire, avant d'abandonner la vie religieuse pour le droit. Reçu avocat au Parlement de Paris en 1712, il devint avocat du duc d'Orléans et collabora de 1714 à 1736 au Journal des savants.
Sa production juridique, concentrée entre 1717 et 1743, comprend notamment un Abrégé de l'ancienne et nouvelle discipline de l'Église (1717), une édition augmentée des Lois civiles de Domat, et le Traité de la vente des immeubles par décret.
Ses Œuvres posthumes parurent en quatre volumes en 1759.