Édition bipontine des œuvres complètes de Platon, publiée à Zweibrücken par la Societas Bipontina à partir de 1781, elle donne le texte grec établi d’après l’édition d’Henri Estienne (1578) accompagné, en regard, de la version latine de Marsile Ficin — la traduction qui, depuis la fin du XVᵉ siècle, avait ouvert le corpus platonicien à l’Occident latin. Le tome premier s’ouvre sur le livre III de Diogène Laërce consacré à la vie et aux doctrines de Platon, précédé d’une notitia literaria qui recense éditions et commentateurs. Dans la trajectoire de Ficin, cette réimpression prolonge et pérennise l’entreprise commandée par Cosme de Médicis et achevée vers 1484 : elle en fait un instrument de travail philologique là où elle avait d’abord été un manifeste néoplatonicien. Dans l’arc historique de sa discipline, l’édition se situe exactement entre l’humanisme éditorial d’Estienne, dont elle reprend la pagination devenue canonique, et les grandes éditions critiques du XIXᵉ siècle — celle d’Immanuel Bekker (1816-1823) puis de Stallbaum — qu’elle a précédées et alimentées. Chaque volume porte au titre une vignette gravée en taille-douce représentant un buste antique. Le texte latin donné ici n’est pas la version brute de 1484 : c’est la forme normalisée par l’édition d’Henri Estienne (1578), qui la première imprima grec et latin en vis-à-vis et fixa la pagination désormais universelle ; les éditions savantes postérieures, dont la bipontine, en reprennent le dispositif et le texte, corrigé au fil des réimpressions. Selon une tradition biographique fréquemment reprise mais non fermement établie, Cosme de Médicis, peu avant sa mort en 1464, aurait pressé Ficin d’achever une traduction pour percer les secrets de l’âme ; ce que les sources attestent avec certitude est qu’en 1463, un an avant sa mort, Cosme fit interrompre le chantier platonicien pour donner priorité à la traduction du Corpus Hermeticum, jugé plus ancien et donc plus autorisé que Platon lui-même.
| Auteur | Platon — texte grec d'après l'édition d'Henri Estienne ; traduction latine de Marsilio Ficino ; édition procurée par Friedrich Christian Exter et Johann Valentin Embser |
|---|---|
| Illustrateur | Weis, vignettes gravées en taille-douce au titre de chaque tome, portraits en |
| Date & Lieu | Biponti (Zweibrücken / Deux-Ponts) — 1781-1787 |
| Imprimeur | Ex Typographia Societatis — Studiis Societatis Bipontinae |
| Format | In-8° (22 × 14 cm). Ensemble complet en 12 tomes : Tome I : 267 pp. Tome II : 368 pp. Tome III : 370 pp. Tome IV : 390 pp., plus un feuillet non rogné, chiffré VII, portant le titre De Platone. Addenda ad Notitiam Literariam de Platone, Vol. I praemissam. Tome V : 359 pp. ; la p. 359, non rognée, titrée In Menexenum. Tome VI : 380 pp. Tome VII : 424 pp. Tome VIII : 442 pp. Tome IX : 437 pp. Tome X : 392 pp. Tome XI : 483 pp., avec au recto de la dernière page le colophon « Biponti, mense Octobri 1787 ». Tome XII (non tomé, sans numérotation de série) : Dialogorum Platonis Argumenta Exposita et Illustrata, a Diet[erico] Tiedemann, Philosophiae Professore P. O. in Academia Marburgensi, Biponti, 1786, 382 pp. — imprimé uniformément et entièrement en latin. Il ne s'agit pas d'un texte de Platon mais d'un volume de commentaire : Dietrich Tiedemann (1748-1803), professeur de philosophie à l'université de Marbourg, y expose et éclaire, dialogue par dialogue, l'argumentation du corpus platonicien. Publié séparément et sans numérotation propre, ce volume fut couramment relié à l'identique des onze tomes précédents pour compléter la série — usage attesté notamment sur l'exemplaire de la Library of Congress ayant appartenu à Thomas Jefferson. |
| Reliure | Demi-cuir fauve a coins, dos à cinq nerfs, manque de papier sur certains plats, |
| État | Ensemble complet en 12 tomes, peu de rousseurs. Texte en grec et latin pour les tomes I à XI ; le tome XII, consacré aux commentaires, est uniquement en latin. |
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Fondée en 1779 dans la principauté de Palatinat-Deux-Ponts, la Societas Bipontina entreprit de publier une collection d'auteurs grecs et latins réputée pour la netteté de sa typographie, la sobriété de sa présentation et la modicité de son prix : près de cinquante volumes parurent en une vingtaine d'années, jusqu'à ce que les guerres révolutionnaires dispersent l'atelier. Le Platon, commencé en 1781 sous la direction de Friedrich Christian Exter et Johann Valentin Embser, en constitue l'une des réalisations les plus ambitieuses.
Le texte grec suit l'édition genevoise d'Henri Estienne de 1578, dont la pagination sert encore aujourd'hui de référence universelle pour citer Platon ; la traduction latine en regard est celle de Marsile Ficin, révisée.
Les dialogues apocryphes rassemblés au tome XI sont donnés dans la version de Sebastiano Corradi, à l'exception de l'Axiochus, traduit par Rodolphus Agricola.
L'ensemble s'inscrit dans le mouvement d'appropriation savante des textes anciens caractéristique des Lumières allemandes, où la philologie naissante prend le relais de l'érudition humaniste.
Pour le lecteur de la fin du XVIIIᵉ siècle, disposer du grec et du latin , précédés de la notice doxographique de Diogène Laërce et d'un apparat de variantes, revenait à tenir en main l'ensemble de la tradition platonicienne dans un format maniable.
Marsilio Ficino (1433-1499), philosophe et prêtre florentin, fut placé par Cosme de Médicis à la tête de l'Académie platonicienne de Careggi.
Il donna la première traduction latine complète du corpus de Platon, achevée vers 1484, ainsi qu'une version du Corpus Hermeticum (1471) et des Ennéades de Plotin.
Sa Theologia platonica (1482) et son De vita libri tres (1489) firent de lui le principal artisan du néoplatonisme de la Renaissance, dont l'influence s'étend de la philosophie à la magie naturelle et à la tradition hermétique européenne.
Sa traduction demeura le texte latin de référence jusqu'au XIXᵉ siècle.